Avatar : un film écologique ? => Interprétation

Avatar, sorti en salle le 16 décembre, est une histoire originale créée par James Cameron.

Mûrie pendant plus de 15 ans dans la l’esprit de son concepteur, cette aventure nous plonge dans un nouveau monde, la luxuriante planète Pandora qui va devenir le théâtre d’un conflit opposant ses autochtones Na’vi aux humains. Fermez les yeux, c’est de l’autre côté que ça se passe.

« Malgré sa paralysie, Jake Sully est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l’atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des  » pilotes  » humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l’ADN humain avec celui des Na’vi, les autochtones de Pandora.

Sous sa forme d’avatar, il devra infiltrer les Na’vis, devenus un obstacle trop conséquent à l’exploitation du précieux minerai. Mais tout va changer lorsqu’il rencontre Neytiri, une très belle Na’vi. Ce dernier est alors recueilli par son clan, et à travers de nombreuses épreuves et aventures, il va apprendre progressivement à devenir l’un des leurs et finit par trouver sa place parmi eux… »

En terres inconnues…

Un voyage vers l'inconnu

Formidable conteur, James Cameron ne nous propose pas un film mais un voyage dans un univers sauvage qu’il nous fait découvrir à travers des paysages foisonnants, une faune exotique, un peuple et sa culture. Rien que pour nos yeux c’est toute une diversité de couleur, de formes et de lumières qui déferlent sur nos rétines, tout cela au service d’un message simple et universelle : tout est lié. Une des grandes qualités du film est de réussir à toucher cet instinct d’explorateur qui dort au plus profond de nous, un instinct motivé/motorisé par la seule curiosité : découvrir Pandora, rechercher l’émerveillement par soi-même, aller vers une culture, aller vers l’autre ; autant de notions qu’il ne parait pas si inutile d’évoquer.

L’Eveil : «Each person is born a second time»

« On peut dire que la plus grande partie de l’humanité est endormie et que cette façon de vivre qui absorbe l’esprit, les pensées et les sentiments de chaque hommes, pourrait très bien être considéré comme son rêve particulier. » William Law

La découverte de soi : l'Eveil

Le vrai voyage est le voyage spirituel, celui qui fait que l’on revient transformé. Ce voyage n’est possible qu’à travers des échanges et des liens que l’on établi. Et comme le premier pas est difficile à faire seul, on nous tend la main. Mieux, on nous entraine : Neytiri sera notre « hôtesse » tout au long du film. Les Na’vis considérés comme primitifs nous raccordent avec des valeurs d’autant plus essentielles qu’elles sont primitives :

– l’Accueil : Au début de l’histoire Jake est perçu comme un étranger par les autochtones, un « dreamwalker » et pourtant, il est accueilli avec hospitalité. On lui donne une place.

– le Partage : Petit à petit, il est initié aux rites et coutumes des Na’vis ce qui lui permet de se connecter à la nature, sa nature. On le suit alors dans son apprentissage et ses découvertes dont la plus importante est la découverte progressive de lui-même.

– la Raison d’être : le mercenaire devient un guerrier. A travers l’espace et le temps qu’on lui accorde, il trouve son rôle, sa place.

Tant est si bien que Jake Sully, ne sait plus vraiment où est le rêve et où est le virtuel : au fur et à mesure, il ouvre les yeux : on assiste à son Eveil. D’abord passif, il observe, puis apprend, pour finalement agir par lui même.

Un divertissement intelligent

Un blockbuster intelligent

Ce que le film arrive à faire, c’est permettre un retour à l’essentiel. C’est d’ailleurs très bien montré : « les na’vis sont pas en retard sur nous les hommes du progrès. Ils ont suivis un autre chemin qui ne les a pas amené à s’éloigner de leur écosytème originel. » La force du film est de pouvoir justement parler de ces choses à de nombreuses personnes (d’où les critiques : scénario simple et prévisible) et du coup, c’est accessible à tout le monde. Ce n’est pas un film « écolo », mais un film spectaculaire qui parle d’écologie. Pourquoi ? Parce que l’écologie est la science (conscience?) des interactions, des liens qui unissent les êtres vivants entre eux et les êtres vivants avec leur environnement. Dans Avatar, on va même jusqu’à représenter physiquement ce lien : les Na’vis se connectent par « USB » à la faune et à la flore pour constituer un réseau vivant.

J’aime, j’aime pas

J’aime : Une tirade m’a marquée, elle disait que les terriens ne pouvaient comprendre l’importance de la nature car ils l’avaient supprimé de leur environnement. J’ai pu constater que ceci était d’autant plus vrai dans les mégalopoles qui conditionnent leurs habitants à une vie particulière. C’est d’autant plus dangereux qu’elles sont les bases des sphères politico-médiatiques.

Selfridge, le superviseur de la mission sur Pandora dit quelque chose de très intéressant : Il n’est pas sur Pandora pour tout détruire mais pour le minerai, parce qu’il a une valeur économique, et il doit tout mettre en œuvre pour le récolter, « c’est le système qui veut ça », il obéit aux ordres. Au final, on a deux camps qui luttent pour survivre, dont un aux dépends de l’autre : les soldats humains ne sont que des salariés aveugles.

J’aime pas : la fin manichéenne. Le héros quitte un camp pour lutter aux côtés de l’autre, lui qui plus que tout autre est mieux placé pour savoir que le vrai mal n’est pas au niveau des soldats mais des têtes pensantes. Ce sera pour la suite sans doute. De mémoire, un film avait su traiter le thème de la guerre de manière plus subtil : Princesse Mononoke de Hayao Miyazaki.

A méditer

Pandora, une planète sauvage

On pourrait croire que le film n’illustre qu’une addiction à un monde virtuel. Comme dans un jeu vidéo où posséder un alter ego plus libre, plus fort, évoluant dans un monde exotique, riche d’interactions est un abri, une alternative à la réalité. Oui, sauf que, contrairement à un jeu vidéo, l’alternative existe dans notre monde. La nature est là, la biodiversité est là, c’est peut être nous qui nous sommes éloignés de tout ça, pour fabriquer un quotidien de plus en plus virtuel. Si ce film plaît à un si large public c’est peut être que les thèmes tels que l’accueil, le partage et la raison sont universels. Ouvrons les yeux, la beauté existe dans le réel et nous devons la préserver. Et pour finir une citation de James Cameron :

« Et à tous ceux qui souffrent de «l’Avatar blues » en quittant Pandora, je leur conseillerais d’aller faire une ballade en forêt. Réapprenez à aimer la nature que nous avons à portée de la main ».

PS : Les Na’vis sont qualifiés d’indigènes. Or « indigène » est un adjectif qui qualifie une espèce dont l’évolution s’est faite dans le lieu dont on parle. Cependant, cette notion à pris une connotation péjorative. On parle d’indigène pour qualifier des individus non-civilisés. Espérons qu’on saura se souvenir de la première définition pour échapper à la deuxième.

Philippe F. NAI

2 réponses à to “Avatar : un film écologique ? => Interprétation”

  • falko68 says:

    Cette revue du film m’a beaucoup intéressé. Et je me retrouve dans ce qui est écrit. Je trouve en effet que le débat sur la forme (3D ou pas 3D, bonhomme bleu pas bleu) a souvent pris le pas sur le débat de fond, la vision du réalisateur.
    J’aime beaucoup le style de cet article qui change du ton uniforme des commentaires sur internet. Il faudrait peut être appronfondir le « jaime, j’aime pas ».
    Bonne continuation!

  • […] exemples récents d’œuvres cinématographiques l’illustrent en partie. Avatar, qui malgré son genre a réussi l’incroyable : devenir le plus grand succès au cinéma de tous […]

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