Biodiversité : la vie en cage

Il y a encore peu de temps, on ne se souciait pas vraiment du bien-être des animaux en captivité. Leur donner à manger et les faire se reproduire étaient les seules priorités des zoos en vue de garantir leur pérennité. L’étude du comportement animalier existe depuis longtemps, mais ce n’est qu’à partir des années 1930 que l’éthologie moderne a vraiment émergé. Le désir de comprendre le comportement des animaux a très vite fait de l’éthologie une science répandue et s’est logiquement insinuée dans les parcs animaliers.

Des lions reposent leur museau sur une barre de leur cage dans un zoo près de Amman, en Jordanie. (REUTERS/Ali Jarekji)

Stéréotypies

En milieu naturel, les animaux passent le plus clair de leur temps à la recherche de nourriture. Aucune autre activité ne leur dévore autant de temps que le besoin d’être rassasié. Mais quand la quête du « Graal » se transforme en messe tous les jours à heure fixe via l’homme, c’est tout leur emploi du temps, au sens propre du terme, qui est perturbé. L’animal captif n’a rien à faire, ses activités quotidiennes se limitent à attendre l’heure du repas et à se faire épier par d’étranges bipèdes. L’ennui devient par conséquent la principale occupation reine et des stéréotypies apparaîssent.

Les stéréotypies s’expriment généralement comme des automatismes consistant à répéter continuellement des séquences de mouvements sans fonction apparente. Il peut en être différent selon les espèces . L’animal peut reporter son attention :

  • sur son environnement (destruction)
  • sur ces congénères (agressivité)
  • sur lui-même (auto-mutilation, toilettage excessif).

En captivité, les animaux développent des stéréotypies

Si vous avez l’occasion d’aller observer des animaux en captivité, oubliez leur beauté pour vous concentrer un peu plus sur leur comportement : beaucoup souffrent de stéréotypies, en particulier les fauves (il suffit d’aller à la ménagerie de Paris pour s’en convaincre). Ces prédateurs sont avant tout des animaux territoriaux qui ont besoin d’un grand espace pour chasser et bien les nourrir n’atténue en rien cet instinct de territorialité : nous même sortons pour nous aérer, alors que le réfrigérateur est remplit. Si vous avez la chance de visiter le zoo de la Palmyre, arrêtez-vous quelques instants devant les ours polaires pour assister à un triste spectacle.

Pour tenter de réduire les stéréotypies, les parcs zoologiques ont recourt à ce que l’on appelle des programmes d’enrichissement, qui consistent à « enrichir » le milieu de l’animal, pour susciter chez un individu des comportements typiques de l’espèce, dont ceux liés à la quête alimentaire. Les chimpanzés par exemple, utilisent des brindilles dans la nature pour pêcher des termites. Il suffit donc leur donner un peu de nourriture dans une boîte percée afin de reproduire ce comportement. L’Homme laisse faire l’animal, il n’interagit pas avec lui.

Les chimpanzés par exemple, utilisent des brindilles dans la nature pour pêcher des termites.

Programmes d’enrichissement

Un dauphin captif vit beaucoup moins longtemps qu’un dauphin libre.

Malheureusement, l’enrichissement est parfois confondu avec le divertissement. Dans ce cas, l’homme interagit avec l’animal et lui fait faire des ‘tours’ en échange d’une récompense. Il ne s’agit alors plus d’enrichissement, en tout cas pas pour l’animal.  Il s’agit ici d’exploiter d’animaux à des fins commerciales ou comment le show-business s’invite dans l’écologie…

Mais l’enrichissement n’est pas suffisant ; les animaux ont souvent besoin de plus de place. Mais beaucoup de zoos se trouvent dans des zones urbanisées et ne peuvent donc être agrandis. Un exemple aberrant :  les orang outans de la ménagerie du Jardin des Plantes à Paris sont enfermés dans des cages atrocement petites. Or, il est très difficile d’agrandir leurs cages car la ménagerie a été classée monument historique en 1993, interdisant la modification du bâtiment.

(Philippe) J’ajoute un autre exemple : celui des delphinariums (les bassins à dauphins) qui, sous des apparences festives, provoquent tellement de stress chez les animaux qu’ils développent régulièrement des ulcères. A Kamakura, un dauphin vit dans un minuscule bassin, avec la nageoire dorsale affaissée d’un coté à force d’y tourner en rond, toujours dans le même sens. Cette situation n’a malheureusement rien d’exceptionnelle… A voir the Cove, la baie de la honte, un documentaire de Louie Psihoyos nominé aux Oscars avec Richard O’Barry. (Pour en savoir plus : le blog des dauphins, autres interviews)

Les orang outans de la ménagerie du Jardin des Plantes à Paris sont enfermés dans des cages atrocement petites.

Zoos et conservation

Il ne s’agit pas un article contre les parcs animaliers, il est évident qu’ils contribuent à  la conservation d’espèces (sans eux, les grands singes disparaîtraient de la surface de la terre dans une 40aine d’années). Malheureusement certains zoos sont bien mal adaptés et beaucoup trop petit pour le bien-être de ces occupants. Les parcs zoologiques de Cerza et de Thoiry sont deux exemples montrant qu’il est possible d’avancer dans le bon sens et de permettre aux animaux d’avoir une vie un peu moins close que dans des zoos situés en zones urbaines.

Emilien Sage-Vallier

edité par Philippe F. NAI

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4 réponses à to “Biodiversité : la vie en cage”

  • Pierre says:

    Bonjour,

    Merci de faire passer le message ! 😉

  • Eric says:

    « Les stéréotypies s’expriment généralement comme des automatismes consistant à répéter continuellement des séquences de mouvements sans fonction apparente. Il peut en être différent selon les espèces . L’animal peut reporter son attention :

    sur son environnement (destruction)
    sur ces congénères (agressivité)
    sur lui-même (auto-mutilation, toilettage excessif). »

    Prenez des humains enfermer les dans un job sans intérêt que celui du patron, je ne serais pas étonné qu’ils développent des stéréotypies…

  • Ludovic says:

    Article très intéressant. Je ne connaissais pas les stéréotypies.
    Ce qui ma toujours frappé dans les zoos c’est la nonchalance des animaux. Ils restent souvent immobile et n’ont pas l’air en très bonne santé. C’est encore plus flagrant dans les boutiques où on vend des animaux.
    En tout cas très bel article.

  • Yohan A. says:

    Merci Émilien pour cet article.

    j’ajouterai juste à cerza et thoiry, car il faut le citer, le parc d’Apenheul aux Pays Bas(foret des primates, en NL, que tu connais bien maintenant !), dont s’est inspiré la Vallée des Singes (86). Les petits primates sont libre d’aller et venir comme bon leur semble, de se cacher ou de fuire (la fuite est essentielle dans la régulation du stress, un environnement clos ne permet pas la fuite et provoque l’escalade du mal-être face à un mâle dominant par exemple, ou un touriste…)

    Et j’ajouterai simplement que les stéréotypies, sont un des signes de stress les plus grave. Elles n’existent qu’en captivité, lorsque l’animal n’a plus d’échapatoire à son mal être. Ces mouvements répétés provoque la libération de dopamine dans le cerveau, hormone du « circuit de récompense » en neurologie, et agit comme une drogue soulageant très brievement le stress mais provoquant l’addiction, et donc la poursuites des stéréotypies.

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