Les piscines biologiques : des écosystèmes pour barboter

Ras le bol des cuirs chevelus ou des yeux irrités par les désinfectants après une séance de piscine ? Ou encore, de jouer à l’apprenti chimiste en versant force chlore, sulfates de cuivre ou autres anti – algues, produits pour le pH, agents floculants et anti-calcaire (je m’arrête là, la liste est encore longue) pour qu’elles ressemblent à un lieu stérile, aussi désinfecté que désinfectant ?

La piscine de Combloux en Haute Savoie peut accueillir jusqu’à 700 visiteurs par jour dans 1500m² réservée à la baignade.

Un écosystème aquatique

Dans ce cas, vous allez devenir un adepte des piscines biologiques. Ces piscines recréent l’équilibre d’un étang naturel. Elles disposent d’une flore et d’une faune aquatique chargée d’assurer naturellement l’épuration des eaux du bassin de baignade. Autrement dit, pour ceux qui ne supportent pas la vue d’un têtard je leur conseille de ne pas s’y risquer. A moindre échelle, les piscines biologiques abritent de nombreux microorganismes. Toute la finesse de ces piscines consiste ainsi à empêcher le développement de germes pathogènes (provoquant des maladies) en favorisant des bactéries dites « amicales » qui consommeront les ressources du milieu.

Ces piscines sont apparues au début des années 90, en Allemagne, Hollande et en Suisse, mais il faut attendre 2003 pour qu’elles émergent en France. Depuis, elles connaissent un engouement non-démenti, aussi bien auprès des particuliers que des infrastructures qui accueillent du public.

On y distingue une zone de baignade et une zone de traitement de l’eau formé par un bassin d’épuration et d’un bassin de régénération. L’objectif est de maintenir la qualité de l’eau à des valeurs respectant les normes françaises physiques, chimiques et microbiologiques des eaux de baignades.

Le bassin d’épuration ou système de lagunage épure les éléments chimiques polluants par des bactéries fixées dans le lit de filtration (pierres poreuses) de manière à transformer les substances organiques en matières minérales qui peuvent êtres puisées par les plantes aquatiques. Le bassin de régénération achève d’épurer et d’oxygéner l’eau, et agrémente le bassin de baignade : c’est la qu’on trouve les plantes qui ont principalement des propriétés décoratives et oxygénatrices.

Comme vous pouvez vous en douter, plusieurs modèles existent suivant l’espace dont vous possédez (Plus la taille des bassins de régénération et d’épuration augmentent et plus la capacité des piscines augmentent), le budget que vous voulez investir…

Une législation en eaux troubles

La crainte d’avoir un risque sanitaire en ce qui concerne l’efficacité du traitement de l’eau est souvent mise en avant par les inconditionnels de la bonne vieille piscine chlorée. Toutefois, ce risque est quasi-nul si l’équilibre général du bassin est atteint. Bien que ces piscines ne soient pas considérées comme de vrais piscines de part leur appellations de bassin- étang ou de bassin de baignade naturelle, les piscines à épuration biologique doivent respecter la réglementation française des eaux de baignade. Dans le cadre privé, l’hygiène et la qualité de l’eau sont donc placées sous la responsabilité du propriétaire. Dans le cadre public, les piscines naturelles ne sont pas autorisées par la DDASS car elles ne garantissent pas une désinfection systématique de l’eau.

L’eau des bassins des piscines doit répondre aux normes physiques, chimiques et microbiologiques de l’Article D1332-2 du Code de la Santé Publique. Il est à déplorer la non responsabilité des pouvoirs publics, propriétaires et constructeurs qui ne cherchent pas à clarifier la situation par des études indépendantes.

Des avantages en nature !

A part les bienfaits ressentis, les différences sont claires.

Une piscine traditionnelle est un lieu aseptisé par l’ajout de chlore, d’hypochlorite de sodium, de brome ; et le retrait des feuilles et des insectes alors qu’une piscine biologique est un veritable écosystème aquatique qui abrite grenouilles, crapauds, libellules, araignées d’eau, escargots aquatiques. Cependant, ce cadre bucolique nécessite une surface 2 à 3 fois supérieure à une piscine traditionnelle et s’oppose au décor froid d’une piscine traditionnelle que l’on bâche l’hiver.

Une grande économie d’eau est réalisée par rapport aux piscines traditionnelles (sur la base d’un fonctionnement de la filtration 8 à 12 heures par jour en temps continu). On n’utilise de l’électricité que pour faire fonctionner la pompe à eau (environ 0,50kW/H à raison de 5 heures). Si l’investissement lors de la construction est plus important, l’entretien annuel d’une piscine biologique est moindre sur le long terme (600 euros pour la consommation électrique de la pompe et l’apport d’eau nécessaire pour compenser l’évaporation en été).

Si vous n’avez pas le budget nécessaire pour vous offrir une piscine naturelle ou chimique soit entre 10 000 et 30 000 € tout de même, il vous reste à attendre le déploiement de piscines municipales biologiques encore trop rares en France.

Maud LeBoulh

Experte en procédés de traitement des eaux, dépollution des sols et techniques de diagnostic.

Laisser un commentaire

*