Chapitre 5 : A Day in the life

La nuit, la lune éclaire

La nuit, la lune éclaire

« A l’encontre de beaucoup de fictions, aucun des personnages ou incidents de ce récit n’est imaginaire. »

En terres inconnues, avec Océanium nous nous sentons en territoire allié. Après 3 semaines sur la route on ne compte plus les kilomètres – notre réflexion fait cependant du chemin, tambour battant, au rythme des orages qui marquent la fin de la saison des pluies. Découpées sur le ciel éclairé par les seules étoiles, des silhouettes de palmiers oscillants au vent et des ombres furtives. Le temps de retrouver internet et je tape ces quelques lignes entre 2 coupures de courant durant la nuit où tout se range dans ma tête.

See You on the other side

Réveil à Diakene Wolof, la cité des libellules, chez le colonel qui nous reçoit comme des rois. Nos pieds foulent le sable qui constitue l’unique rue principale du village. Il y a là quelque chose de magique et d’intense qu’on ne saurait définir, si ce n’est que ça entre dans nos narines. Ma mémoire rouillée me murmure des souvenirs : je crois que c’est de l’air pur. Devant chaque habitation, une lumière blanche brillante au dessus de la porte d’entrée fait danser nos ombres avec une précision numérique. Ici, on vit à l’économie et les ampoules basse-consommations séduisent les ménages car l’électricité coûte chère. D’ailleurs, certains fonctionnent au solaire, cela suffit au besoin d’une famille. Avec le solaire pas de mauvaises surprises : coupure de courant = batterie vide. Je parle de mauvaise surprise car le fournisseur unique d’électricité du pays, la Sénélec, en dehors de Dakar n’arrive pas à enrayer les coupures de courant qui peuvent advenir tous les jours pendant plusieurs heures parfois. Coupures de courant, routes mal entretenues semblent trouver la même source : la corruption et c’est le peuple qui en souffre.

Au sortir de notre logement, une maison en construction, dont on aurait pu dire qu’elle est une très ancienne ruine d’un peuple disparu. Ici construire prend du temps et les nombreuses pluies habille les habitation en devenir de mousses et de fougères. Il s’agit tout simplement de la futur maison d’un Sénégalais parti travailler en France.

Parsemés dans ce village comme ailleurs, des maisons peintes en orange et d’autres en bleues selon l’opérateur téléphonique pour lequel l’habitant fait la pub. C’est très surprenant car aucun village, si petit soit il, ne semble être épargné par les enseignes Orange et Tigo… Pas d’abonnement, ici tout le monde recharge ses crédits télécommunication via des petites cartes de 1000, 2500, 5000, 10000 francs cfa qui finissent parterre une fois utilisé. Il n’y a pas de poubelles, pour éviter les longs discours, Bob a confié un bocal de confiture vide au pompiste de la station service, celui ci l’a juste balancé dans le décor.

Au premier son de notre guitare matinale, tel Kokopelli le joueur de flûte, nous rameutons les dizaines d’enfants sortis de nulle part s’écriant « Toubab, Toubab ! ». D’ailleurs, Robert est devenu une divinité vivante portant le même prénom que Bob Marley, adulé au Sénégal. Nemo un petit du coin est devenu son premier fan, jeune garçon très intelligent dont on espère qu’il pourra faire des études longues. « Il y a plein d’enfants intelligents, précise Luther, un chauffeur d’Océanium, mais les études demandent des moyens ». Celui-ci nous a baptisé de prénoms sénégalais, homonymes de ceux de ses fils : nous voici maintenant Malang, Lamine et Adama.

Robert alias Adama Soup

Ici tout pousse et il pleut souvent, plusieurs fois dans la journée. En étendant mon linge j’ai appris à lire les citernes volantes derrière lesquelles le soleil joue à cache-cache. Mes chaussettes laissées dehors se sont résignées à être soumis à un cycle à durée indéterminé de lavage-séchage. J’ai aussi appris à faire la distinction entre la pluie qui sèche et celle qui ne sèche pas, la pluie qui humecte, la pluie qui fouette de face, sur le côté et la pluie à la vapeur, ma préférée. Ce rapport alerte face à la nature est constant : on la scrute, on la consulte, on la contemple, le nez pointé alors vers le ciel pour ne rien rater aussi bien des couchés de soleil que des nuits où les étoiles valsent avec les pressés satellites. On se sent tout petit devant ce spectacle majestueux, comme ramené à notre propre échelle.

Le grand orchestre

Dans un pays qui connaît les limites dictées par la nature : la nourriture, l’eau, l’électricité sont gérés en conscience de leur quantité. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, nous sommes au royaume du possible. La simplicité convie au bon sens. En marge du monde, le Sénégal est un immense terrain d’expérimentation et le terreau des réussites car il n’y a pas beaucoup à démanteler et beaucoup à construire. Il lui faut trouver sa propre identité, africaine.

Jamais triste, jamais fatigué, jamais coupable ; je suis au Sénégal

Votre plume, Philippe.

3 réponses à to “Chapitre 5 : A Day in the life”

  • RV says:

    Mes chers amis,
    Vous me donnez le goût du voyage. Et si j’ose, l’envie d’écrire ou du moins de créer quelque chose par mes propres moyens.
    Les images sont belles (la nuit la lune éclaire), les textes emplis de passion ; j’aime la petite sensation de fierté au fond de mon cœur, qui souffle au creux de mon oreille : »je connais des personnes biens et talentueuses ».

    Sincèrement

    Hervé

  • ivea says:

    Je suis tout à fait d’accord avec RV, on est vraiment fier de vous!! Merci pour ces textes et images qui nous font rêver.

  • Fitzgerald says:

    très beau texte
    j’aime cette façon toute simple dont tu exposes un progressif retour à la nature, qui n’est pas ici un slogan, une opération marketing de mauvais goût, mais juste une manière de goûter la pluie, les pluies… et plus généralement de retrouver une vraie communion avec son environnement – physique, et humain…
    on voyage avec vous les amis, et c’est chouette!

    bonne suite
    à très bientôt

    Fitz

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