Chapitre 6.5 Toubabien

Levé assez tôt, nous nous dirigeons vers Cap Skirring accompagné par Luther, un chauffeur ancien champion de lutte sénégalaise. De cet homme rayonne une grande sérénité. En chemin, les villageois que l’on croise le saluent vivement. Sa mission du jour, déposer un groupe de femmes qui devait aller planter des propagules.

Nous arrivons à Cap Skirring où nous apercevons des « toubab girls » comprenez filles caucasiennes, guidées par un grand rasta sénégalais musclé. Deux françaises équipées de leurs sacs de voyages, lunettes de soleil et dégaine tourisienne. (Il y avait aussi de vieux toubabs qui cherchaient des jeunes sénégalaises et de jeunes sénégalaises qui cherchaient des vieux toubab, mais à ma connaissance pas de jeunes toubabs qui cherchaient de vieilles sénégalaises.)

A ce moment là je ne me doutais pas que nous partagerions un taxi avec elles. Luther nous dépose là, il nous fallait trouver un autre véhicule pour aller à Djembering. Mais avant de repartir, je suis parti m’acheter un T-Shirt car je n’avais plus rien de propre à me mettre, du coup j’étais torse nu. J’adore cette liberté. J’aurais pu me balader en caleçon ça n’aurait pas choquer grand monde même si ce n’est pas conseillé.

T-shirt jaune pétant acheté à 1000 cfa, très agréable car le soleil cogne fort. Il était temps de mettre les voiles. C’est à ce moment que nous vîmes le fils de Luther. Il nous proposa de partager un taxi avec les deux toubab girls. Nous acceptâmes. En parlant avec elles, j’avais l’impression d’être revenu à Paris. Tous les clichés resurgissaient, comme une prison de l’esprit. La brune s’appelait Florence, son acolyte je ne sais plus mais elle était pressée et stressée.

Le taxi était lent, très lent, le chauffeur ménageait son véhicule à cause de la route cabossée. Une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons en face du fromager ; un grand arbre de 750 ans qui semble renfermer un grand esprit sauvage. C’était la première fois que je voyais un arbre aussi gros.
Nous étions là pour interviewer le Président de la communauté rurale mais il était en réunion une bonne partie de l’après-midi. Pour ne pas le rater, nous l’avons attendu à un bar-restaurant « le Maxime » dont le gérant est un expatrié français fort sympathique. Il nous parle notamment de plusieurs fromagers qui ont été abattu pour tracer des routes.

Au restaurant, l’attente fut longue, il faisait froid et la pluie n’arrêtait pas de tomber. J’étais fatigué, vous ne trouvez pas qu’on attend bien trop longtemps dans une vie? Plusieurs heures plus tard, un groupe de toubabs arriva, filles et garçons très franchouillards. Ils parlaient à la serveuse comme à une esclave, sans respect, tout ça pour commander du Ricard et du Pastis. Ces gens là me répugnaient.

Comment changer la vision des gens lorsque la lumière se trouve par soi-même?

Robert NAI

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