Chapitre 7 : Sur la route

"Bonjour Toubab!"

Tous les jours sur la route, le 4×4, notre carrosse sur ressort et à tiroir est devenu un indispensable moyen de locomotion car la route, quand elle a la chance d’être goudronnée, est jonchée de trous gros comme des empreintes de pattes d’éléphant découvrant la terre rouge se trouvant en dessous. En plus des dos d’âne, notre dos fait la connaissance de dos de dromadaire, dos de chameau, dos de chauve-souris et consort lors de longues séances de rallye.

Ça et là, des checkpoints de l’armée qui peut sur simple décision fouiller l’ensemble du véhicule et des gens qui font du stop. Je ne me rappelle pas d’avoir vu un seul pouce levé ; on les voit les gens au bord de la route, on s’arrête et on les prend, on les dépose sitôt qu’ils ont tapé sur la carcasse du véhicule, cela sans trop discuter. De temps à autres nous croisons aussi des bus, soit chrétiens : on peut alors lire peint sur la carrosserie « Dieu Merci » ou « Vive Jésus », soit musulmans : le nom du propriétaire. Dans tous les cas, voyager à l’arrière du pickup cheveux au vent, cul sur le métal, soumis aux intempéries, sautillant comme des sacs de patates fonçant à plus de 100 km/h est toujours un grand moment de liberté. Chaque passant que nous dépassons se retourne pour jeter un œil curieux et parfois nous saluer, il est grisant de jouer les reines d’Angleterre… D’une manière générale, la rencontre est naturelle, le contact humain est tacite et les sourires nombreux rendent nos cœurs sereins, on respire.

"Louloum photo"

A chaque village une nuée d’enfants tout sourire pour nous accueillir d’un « bonjour toubab! » ou d’un « louloume photo! », je n’ai jamais vu autant d’enfants et en même temps jamais si peu de jouets. Gare cependant aux belles attentions, car il y règne ici un équilibre fragile qu’il faut savoir retoucher avec sagesse. On trouve déjà sur leur jeunes visages des marques de solennité comme s’ils devaient précocement embrayer sur de lourdes responsabilités, si bien que ce sont à de véritable petits hommes respectueux auxquels nous avons affaire. Je ne me voile pas la face mais je suis heureux de les voir libres, tout enfant qu’ils sont.

Are you Freewheeling you too?

D’un village à l’autre, nous nous arrêtons à la scierie pour prendre 2 chaises en bois massifs. Plutard la police, nous retiens pour vérifier le nombre de chaise qu’on transporte. Le temps de repartir et nous refaisons déjà halte pour laisser passer le gros convoi du ministre de la jeunesse.
A peine arrivé dans un village vers 19h que la coupure de courant nous frappe. En une seconde tout le monde est plongé dans l’obscurité et a déjà saisi sa lampe torche transformant la ville en cité des lanternes. « Ils sont là », ai-je alors à l’esprit : les Porteurs de Lanternes. L’Asie a inondé les villes africaines de lampes torche à led, quand ce ne sont pas des lumières intégrées à des téléphones portables qu’on ne trouve qu’en Afrique. Il est aussi courant de voir les gens porter des t-shirts de promo : que ce soit d’ONGs ou de multinationales (ORANGE, WESTERN UNION etc.) plus pour avoir un vêtement sur le dos que pour promouvoir, tableau complété par les nombreuses pancartes précisant la présente de tel ou tel programme de développement. Alors, ONGs, « porteurs de long terme »?

20h Djembering sous la pluie, un ciné-débat se prépare

« On ne va pas retourner à la bougie! » rétorque souvent les hostiles aux environnementalistes. A ceux là je répondrais « Et si autour de cette bougie vous faisiez des rencontres et disposiez du temps à connaître l’autre? ». Car il est arrivé que, la coupure soit devenu un répit à notre journée, un moment où l’on discute autour du feu. A l’heure où sur notre continent, chacun se retrouve le soir seul devant son ordinateur, tous les retours en arrière ne sont pas si rétrogrades.

Le soleil, la vase, l’eau de mer, le sable, l’humidité et la pluie nous a transformé en véritables vétérans de l’image attendant l’action tel des pompiers mobilisés dans une caserne. L’usure a relégué l’Aventureuse au statut de relique miraculeuse tueuse de clichés. L’expérience est formatrice et professionnellement, nous sommes en train de nous forger par le feu du diable. Loin de ne concerner que le matériel technologique, l’usure touche tout, aussi bien les véhicules, qui ne cessent d’être réparé que nos vêtements qui à la base n’étaient pas conçu pour le lavage à la main et le séchage au soleil.

L'Aventureuse est une battante

C’est un autre monde ici, un autre temps. On danse avec les images et mon esprit est en feu. Je pense à l’Afrique, je pense au développement, je pense au journalisme, je pense au reboisement, je pense à l’histoire qu’est en train de tracer l’association à l’ascension fulgurante que nous suivons. L’Océanium en est à 2000 hectares reboisés, la goelette propulsée par le paquebot Danone se détermine à chaque pas.

Votre plume, Philippe « Lamine »

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