Chapitre 8 : Le temps des vendanges

Nous sommes le 28 septembre 2010 et aujourd’hui l’Océanium accueille une délégation composé de bloggers influents et de salariés de Danone.

Au loin l'orage gronde

Coupure de courant oblige, les derniers préparatifs s’exécutent au doux ronron du groupe électrogène. Dans le bureau, Maxime et Ismael, les deux processeurs de la base Casamance travaillent en mode Intel Core Duo refroidis par les deux ventilateurs qui tournent à plein régime.

Bientôt, la base Océanium – Casamance s’est transformée en petit satellite de l’information. Ordinateurs portables et Iphones ont rapidement tissé leurs réseaux invisibles et soudainement le petit village aux centaines d’oiseaux s’est mise à « tweeter » plus que jamais, inondant la toile de gazouillis numériques via la modeste connexion ADSL. « J’ai envie de me connecter mais je ne veux pas réduire la connexion » me confie Sarah, la studieuse responsable GPS, toute gênée.

Cette écoute de l’autre que je retrouve ici en Casamance me séduit chaque jour. Cette culture de l’hospitalité, on la retrouve bien sûr ailleurs mais elle semble ici trouver des racines très anciennes, aussi fondamentales que les racines des fromagers car elle soutient une identité. En tout cas c’est très naturel, tout tient du respect plus que de la politesse et cela contraste avec la dangereuse sociale gentillesse forcée que l’on trouve parfois. Plus que tout aspect écologique ce savoir-vivre sénégalais est ce à quoi je suis chaque jour plus attaché.

Au cours d’une présentation succincte Nadine, Maxime et Ismael, de l’équipe pilote doivent expliquer le quotidien du reboisement. Exercice difficile tellement chaque jour est riche de péripéties. Demain, ils guideront leurs invités dans un safari.

Catapultés dans une réalité alternative faite de coupures de courant, coupures de réseau, de repas partagés, de chaleur extrême et de nuages électriques, les sillonneurs du net, experts en communication et autres devront comprendre reboisement, flairer les bonnes sources et laisser fondre progressivement la bulle à buzz pour saisir l’air de la Casamance, définitivement pur et indépendant.

Quand à nous, nous avons quasiment fini notre collecte d’images pour le film sur Océanium. En suivant chaque jour l’aventure du reboisement, nous avons changé notre manière de filmer pour épouser toujours un peu plus la réalité, parfois silencieux mais toujours attentifs au théâtre des événements. Le défi s’est transformé, il s’agit maintenant pour nous de faire briller la nuance.

Il n’y a pas de programme de visite préparé pour nous. Nous essayons de travailler dans la plus grande humilité pour interférer au minimum sur le déroulement des choses : ce projet est aussi une expérimentation, un retour à la définition dans tous les sens du terme : un documentaire. Ce n’est donc pas un énième film sur le reboisement ni un récit de faits impressionnants,  mais un regard critique sur un projet écologique.

Avant ce texte, plusieurs conclusions ont été écrites. Au loin la ville, au loin l’Europe, au loin la France, au loin la presse quotidienne, le voile de lumière se lève pour révéler les étoiles comme des vérités évidentes. Mais à observer, comme le recommande souvent Haidar El Ali, je me rends compte qu’il vaut mieux que je n’en dise trop. A l’heure où les références et citations sont apposées comme des stickers, peut être vaudrait il mieux les laisser de côté, aussi belles soient elles, pour nous construire les nôtres, celles qui font écho en nous : celles qui, se traduisent en actions.

Nous voici donc encore une fois sur une voie dont nous ignorions qu’elle serait notre chemin, celle du recul, embrassant la lourde tâche de vignerons de l’image.

Philippe NAI

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