Chapitre 14 : L'arbre

Lorsque l’on grandit par la nature, lorsque l’on grandit par la poésie sur une terre ou affleure l’Humanité, alors et bien alors mon ami, on n’a pas de limite.

La défense (www.arnaudfrichphoto.com)

Les Porteurs de Lanternes est aussi un moyen de se retirer du bruit médiatique, de se déconditionner, revenir aux sources de l’écologie, revenir aux bases, pour y voir plus clair. Car au fond, il n’est pas sûr que le remue-ménage actuel fait autour de l’environnement ait élevé les consciences vers plus de sagesse. L’appropriation maladroite d’un malaise pourrait ensevelir l’étincelle du changement et faire oublier l’essentiel : construire, semer, penser par soi-même.

Comment faire évoluer les mentalités sur le danger de la consommation irraisonnée et le productivisme en étant soi même dans un productivisme irraisonné de l’information dicté par une course effrénée derrière une fuyante actualité ?

Vu d’Afrique, ce qui se passent en Europe ressemble à un curieux un cirque où tout le monde parle, personne ne s’écoute. Les blogs écolos sont tellement fournis, regorgent tellement d’onglets, d’articles, qu’on pourrait croire que l’écologie en occident, ce n’est finalement qu’un grand fourre-tout bien compliqué…

Alors que…

Adama à Diouloulou

Sous mes pieds, la terre est nue, prête à recevoir la vie. Les enfants jouent dehors pieds nus, les plus grands sont responsables des plus jeunes. Les plus jeunes écoutent les plus grands qui à leur tour respectent leur parents. Ces interactions aboutissent à un système auto-organisé, un réseau d’interactions qui maintiennent un équilibre : c’est de l’écologie.

Les maisons quand elles ne comportent de chambre d’amis ont toujours en tout cas un espace d’accueil, ce sont des maisons « facebook ». Les villages sont organisés sur des échelles spatiales telles qu’il est facile de se voir, se rencontrer, se parler de visu, partager de la musique, ce sont des villages « facebook ». Les réseaux sociaux ne sont pas encore virtuels, on ne peut pas spéculer dessus : c’est de l’écologie.

Une graine tombe sur le sol, elle germe. Un enfant fait pipi par terre, c’est lessivé par la pluie. Des restes d’un repas sont déposés à terre. Quelques instants plus tard, ils ont disparus, recyclés par la basse-cour ambulante qui sera consommée à son tour, ces cycles font tourner un système fini : c’est de l’écologie.

La biodiversité nous baigne, elle entre dans les maisons. Les fourmis trimbalent un vers de terre vers leur base, la mante religieuse mange une mouche, elle est mangé par le chat, le chat est poursuivi par le chien. L’enfant gambade partout, tombe parterre, se relève sans pleurer. Il se met la main dans la bouche, les pieds si possible, se roule dans la terre corail qui recouvre le sol. Il renforce ses défenses naturels, c’est son réflexe actimel ou plutôt naturel.

Ici, chacun à un arbre, souvent un manguier. Le manguier donnent des fruits, le manguier sert de perchoir aux oiseaux, le manguier projette un coin de fraîcheur où les gens se réunissent, des histoires se transmettent, les décisions se prennent, des traditions s’y perpétuent : de l’arbre naît une culture.

Pas encore de boîtes, encore peu de tiroirs, pas de dortoirs, peu de sachets individuels, en Casamance  affleure l’humanité et aujourd’hui elle fait pousser les arbres. Mais ce n’est pas acquis, cela se travaille  en permanence et chacune des décisions des associations, ONG aura son impact sur cette fine couche de vie.

Philippe F. NAI

3 réponses à to “Chapitre 14 : L'arbre”

  • Mathieu F says:

    Bonjour,
    Je ne vous connais pas mais j’ai plaisir à vous suivre de chez moi dans vos aventures à l’autre bout du monde. J’aime beaucoup votre manière de présenter les choses, c’est une manière très ancienne. Pas dans un mauvais sens, au contraire, je lis des textes engagés, lumineux, comme j’aimerais en lire plus souvent. Eclairez le monde porteurs de lanternes !

  • Yohan A. says:

    Salut ! C’est encore moi ! Je suis tombé sur une pages qui m’a fait penser un peu à vous… Rien à voir avec l’écologie en afrique et le reboisement, mais ceci m’a bien fait tripé, j’en avais déjà entendu parlé, connaissez-vous la Guérilla Jardinière ? C’est un mouvement non-violent né en angleterre dans les années 90 et répandue en europe. Une sorte de guérilla urbaine où les activistes, armé de pelles, d’arrosoir et de compost, prennent d’assault des bouts de terrain délaissées non entrenu des villes(petites ou grandes) pour y planter des fleurs ou des légumes. ils agissent souvent la nuit.
    Il y a plusieurs raisons à ce mouvement, ras le bol pour certain de vivre dans ce genre d’environnement, une volonté faire passer un message au gens qu’un autre milieu de vie est possible, plus proche de la nature, de faire bouger mairies et collectivités (ça marche apparament)
    Certains vont Tagger un vieu mur en béton et laisser un message avec de la « Moss Graffiti » (Un mélange de biere, sucre et de mousse de jardin) sa donne sa http://rebellionjardiniere.free.fr/wp-content/uploads/2008/10/moss5.jpg
    http://grass-routes.org/wp-content/uploads/2008/09/moss-graffiti.jpg

    Voilà , c’était pas de l’écologie au sens strict du terme, mais au moins un petit moyen d’expréssion qui sort de l’ordinaire, et peut-être le début d’une prise de conscience pour certain ?

  • Victoire says:

    Quand je lis, tout ça, je suis à la fois heureuse mais aussi un peu triste de me rendre compte qu’ici, en Europe, nous sommes loin de ces choses simples. D’une certaine manière le virtuel est devenu roi. Courage à vous !

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