Chapitre 17 : Repousser l'océan

Plus que des associations, ce sont des combats que nous rencontrons de personne en personne. Il y a une semaine, nous avons passé une journée avec Abdou Mané coordinateur des programmes du GRDR : le groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural. Il nous a fait visiter une digue anti-sel construite par le village de Boutegol dans le Blouf en Casamance. Les digues sont des ouvrages traditionnels construits par les paysans pour regagner des terres rizicoles perdues à cause de la diminution de la saison des pluies. A l’occasion, c’est tout le village qui s’est réunit pour nous accueillir.

Une digue antisel améliorée

Repousser l’océan

Avant les année 70, il y avait au Sénégal 6 mois de saison des pluies, le sel apporté par la mer sur les régions inondées était lessivé par la pluie. Le sol était alors favorable à la culture du riz

« La Casamance était appelé le grenier du Sénégal car elle pouvait non seulement s’auto-suffire mais aussi pourvoir le Sénégal en riz »

nous dit Abdou Badgi, délégué des agriculteurs de la vallée. Aujourd’hui le changement climatique a réduit la saison des pluies à trois mois et les réserves de riz ne couvrent plus les 12 mois de l’année.

La culture joola est telle qu’acheter du riz est une honte ici.

Pourtant, c’est devenu une réalité car en plus de la perte de territoires rizicoles, il y a une baisse de rendement imputable aux précipitations désormais distribuées temporellement de manière différente. Pour lutter contre l’avancé de la langue salée, les villageois traditionnellement ont recours à des digues mais celle-ci s’avèrent peu résistantes.

Une digue traditionnelle

Le GRDR appuie donc la construction en fournissant du matériel de consolidation et en offrant un ouvrage d’évacuation d’eau en béton afin que la digue puisse tenir plusieurs hivernages. La digue modifie le paysage et crée une topo-séquence, soit un gradient de terres plus ou moins salées. Il faut alors trouver des variétés non seulement adaptées à cette séquence mais aussi des variétés fournissant le rendement optimal par rapport un climat qui a changé.

Cultiver le riz

Une parcelle d'essai

Le GRDR fournit, à travers une banque de semence, des variétés améliorées = venues d’autres pays et purifiées par l’ISRA (notre INRA) pour améliorer le rendement . Il ne s’agit pas d’OGM mais des variétés provenant d’autres régions supportant des conditions de culture plus drastiques. Cependant, changer les habitudes de cultures nécessite du temps, surtout quand il s’agit de modifier les méthodes de culture, utiliser une variété non traditionnelle.

Les paysans viennent au GRDR, sont formés à l’expérimentation des nouvelles semences selon un protocole précis et décident avec les comités de gestion de la vallée où et quand expérimenter, ceci afin de constater par eux même les bénéfices apportés par les variétés offertes. Durant des voyages d’échanges, ils  ont l’opportunité de se visiter  les uns les autres pour se montrer leur expérimentation, parler de ce qui marche et ce qui ne marche pas. Le but étant de tester toutes les variétés, comparer et sélectionner la meilleure.

Un ouvrage évacuateur d'eau en chantier

Une rencontre avec Boutégol

Nous avons apprécié cette journée organisée pour nous par le GRDR. Alors que nous étions habitué à suivre discrètement l’Océanium, cette journée nous a permis de nous redécouvrir en tant que Porteurs de Lanternes, franchir un pas dans le dialogue avec les villageois. En effet, sous le grand arbre, les villageois se sont rassemblés  en audience car ils étaient curieux de notre venue.

Ils nous ont à l’occasion posé 2 questions qui en disent long :

1) Est ce que vous allez revenir ?

2) Qu’est ce que vous allez nous apporter ?

Ce fut l’occasion, de prendre la parole pour leur expliquer notre projet et nos valeurs : liberté, indépendance et vérité. Après 2 secondes d’hésitations, nous leur avons expliqué que nous ne leur apporterions rien et qu’il n’était pas certain que l’on revienne, que nous n’étions plus étudiants, qu’il ne s’agissait pas d’un stage, que ce n’était pas le fait d’un métier, ni d’ambitions personnelles  qui nous commandait d’être face à eux mais une sensibilité pour l’écologie et une envie.

Une envie de leur donner la parole, d’en faire notre travail de sorte que de la lointaine Europe, on puisse les entendre, témoigner de ce qu’il font, transmettre ce qu’ils ont à dire pour espérer changer la vision qu’ont les gens de l’Afrique. Pour cela, nous leur avons dit que nous avions travaillé pour acheter notre matériel pour venir jusqu’à eux en tout indépendance,  en espérant que plus tard, l’aide qu’on leur apportera sera adaptée à leur besoin et non découlant de clichés. Plus encore, nous leur avons dit que eux, à travers leur manière de vivre, leur tradition, leur culture pouvaient nous apporter quelque chose que nous avions égaré dans notre « progrès ».

A ce moment là, j’ai lu sur leur visage qu’ils étaient touchés de notre sincérité et j’étais heureux qu’ils aient compris notre démarche. L’imam s’est alors adressé à nous au nom du village et tous ont prié sous le grand arbre pour la réussite de notre aventure…

par Philippe F. NAI

2 réponses à to “Chapitre 17 : Repousser l'océan”

  • Anne-So N. dit :

    félicitation pour votre projet !
    ce ne doit pas être évident de faire ce que vous faites ! en tout cas cela me donne envie moi aussi de faire quelque chose, peut être pas la même chose mais en tout cas quelque chose qui me ressemble pour faire avancer les choses !
    bon courage à toute l’équipe !

  • Ludo.V dit :

    Je vous félicite pour votre entreprise. C’est vraiment formidable. Quand je lis vos articles, ça fait réfléchir! C’est vrai qu’on ne prend plus vraiment le temps de réfléchir et que le tapage médiatique nous asphyxie.
    Maintenant je doute que tout le monde puisse comprendre. En tout cas je vous souhaite bon courage pour la suite de vos aventures. Je vais faire circuler ce site.
    Ma petite contribution perso!

    @+

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