Chapitre 12 : On est ensemble

On est ensemble

Loin des préoccupation de mon âge, je n’ai jamais été aussi proche de celle de mon époque.

De retour de Niambalang où s’est tenu une journée de reboisement gigantesque, mobilisant environ vingt villages soit environ 2000 personnes. Notre fantomatique véhicule fonce sur la route du retour comme un vaisseau spatial : dans l’obscurité et sous les étoiles. Collé à la fenêtre, je vois la vieille Zinguinchor au loin dont émane des faisceaux de lumière en éventail et mon regard se perd dans le vide…

Ici, tout est réalisable. Une semaine a suffi pour rassembler un village ambulant de reboiseurs. Ce qu’il manque : des moyens.

Des enfants qui jouent

Alors que nous étions partis étudier l’écologie en Afrique, les réponses que nous recevons dépassent les questions posées. L’Afrique met l’occident face à sa propre image, ses responsabilités passées ou présentes, elle me met face à moi-même.

Ici progrès, développement, écologie, politique, croissance, pauvreté revêtent de nouvelles définitions. Car si en France, tout prend un tour alarmiste ou paperassement soporifique ; si on nous exergue à aider, donner, sponsoriser, le résultats de ces aides, ces dons, ces sponsorisations sont souvent claironnés si sourdement qu’on se demanderait si elles ont été bénéfiques, ou en tout cas non néfastes.

Du pain sur la planche

En Casamance, plus de 100 associations se partagent le pactole de l’aide internationale. Alors que beaucoup aimeraient que le patient marche sur ses deux jambes, peu le font profiter pleinement de la perfusion. Les ONGs se succèdent devant les chefs de village qui deviennent de plus en plus méfiants devant l’aide proposée. Cette volonté de bien faire donne parfois lieu à d’étrange théâtre comme le barrage anti-sel d’Affiniam délaissé par la coopération chinoise qui, sans politique de suivi, se révèle catastrophique pour l’environnement.

Le Sénégal, dont la population suit de très près l’actualité en France. RFI, France 24, j’ai été surpris de voir des sénégalais attentifs devant un sujet sur « les roms, stigmatisés en France » qui semble si éloignés de leur quotidien. 50 ans après l’indépendance, les colons sont toujours présent à vouloir vivre à la française, importer l’occident et sa méthodologie. Certains fuient un destin trop sévère sur le vieux continent, d’autres viennent pour inscrire Sénégal sur leur C.V., d’autres encore profite du taux de change, des avantages en nature.

Dernière réunion de Coordination (Ismael à gauche, Nadine et Maxime à droite)

Il y a cependant des personnes précieuses, celles qui ont accepté ce difficile numéro de funambule d’aide au développement. Et si tous veulent garder les pieds sur la corde, seuls les esprits les plus ouverts accompagnent la population sur la longue route du développement durable. A suivre tous les jours Océanium, je goûte la recette du succès : du travail, du coeur, de l’intelligence et du contact ; beaucoup de terrain, beaucoup de mains serrées, beaucoup d’explications, beaucoup de patience et une bonne dose de respect. Pour une fois il est impossible de tricher : ce travail demande une démarche avant tout sincère.

Haidar El Ali

Haïdar que nous avons rencontré, est un grand communicant, et certainement un bon orateur. Certains disent qu’il est une sorte de commandant Cousteau, et en quelque sorte c’est possible car il mène bien sa barque. Mais pour moi, il tient plus du Capitaine Haddock, avec ses défauts et qualités mais surtout son humanité. Cette homme brise-glace, dans tout les sens du terme, est avant tout entier, avec ses contradictions certes mais aussi ses convictions. En outre, il est marqué du sceau de ceux qui se battent pour faire avancer les choses et c’est un lourd tribu. Avec Jean Goepp, coordinateur des programmes d’Océanium, ils ont eu l’audace de faire décoller un projet alors que les habituels voyants étant rouges. Actuellement, il est à Paris pour la sortie de son livre. Espérons qu’il soit à l’aise entre le gratin et les petits fours.

Nos outils

On s’est servi de la nature, de ses ressources ; aujourd’hui on s’en sert comme d’un thème à vendre. En l’espace de quelques années, le discours s’est rôdé, il s’est peaufiné jusqu’à devenir du prêt à l’emploi.

Je sais combien le discours est élastique et la diplomatie nécessaire, je sais aussi combien les gens récupèrent les idées sans avoir la réflexion qui y mène, je connais le rôle des médias et le mirage qu’ils fabriquent. En Afrique, on comprend mieux pourquoi le monde marche sur la tête : c’est qu’il en a oublié le coeur, un coeur battant au diapason avec nature.

Parce que les Diolas ont su garder ce coeur, ce projet incroyablement beau est possible. Dans nos bandes, beaucoup de messages, sur nos épaules, une lourde responsabilité : Transmettre.

Car au final, on se doit tous quelque chose, parce qu’on est ensemble.
Philippe F. NAI

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