Chapitre 22 : Au revoir la cité des cigognes

L’aventure, c’est de ne jamais avoir peur de se retrouver devant une page blanche. C’est comme cela que l’on écrit son histoire.

Pas encore parti, déjà coupé par la fatigue, décalé culturellement nous passons une semaine à Ziguinchor avant de remonter sur Dakar.

Ziguinchor, la cité des cigognes

Parti de Bignona, les images de nos péripéties de la saison des pluies tournent en boucle dans mon esprit. Je me rappelle d’une nuit de tempête où le ciel était éclairé par l’électricité pure, une nuit mouvementée où l’on aurait eu bien du mal à savoir si nous étions dans le tambour d’une machine à laver, en boîte de nuit ou les deux en même temps. Il y a aussi cette soirée où bloqué à Djembéring après avoir interviewé le président de la communauté rural ; l’électricité s’est arrêtée d’abreuver les prises pour partir allumer les nuages.

Léopold Sédar Senghor 1e président du Sénégal indépendant

Ce soir là, nous avons discuté avec 3 jeunes sénégalais (Etienne,Maxime et Moussa), de littérature, de politique, de vie quotidienne d’agriculture, de Dakar et du président poète Leopold Sédar Senghor. Il n’y a pas si longtemps nous traversions la Casamance en long et en large tout en prenant des douches à l’arrière du pickup, trempé jusqu’à l’âme, le mot « sec » était alors une utopie fantaisiste. Et puis, combien de fois avons nous vu nous passer sous le nez un événement clé pour notre film !? Tous ces escadrons de cigognes, ces singes furtifs semblaient nous narguer de la manière la plus magnifique avant de disparaître une fois le bouton « REC » pressé. Il y eu aussi ce moment en pirogue, au retour de l’île Carabane, au coucher du soleil alors que notre embarcation coupait cette mer dorée en deux le temps de notre passage. Dans mon dos, il y avait ce superbe coucher de soleil… pourtant je ne pouvais me détourner de ces nuages noirs et la mer tourmentée qui nous attendait : aller de l’avant, à tout prix.

La Casamance, les visages souriants des gens qui nous ont accueillis et avec qui on a partagé de bons moments, me reviennent, non sans émotions. Certes on pourrait dire que les gens sont pauvres ici, encore faudrait-il définir ce que veut dire pauvre, mais il n’y a pas de misère. Et puis il y a cette force émanant du ciel et du sol qui fera toujours pencher les visages vers le sourire. En prononçant sourire, je repense à Hamidou avec qui nous avons discuté quelque fois sous les étoiles, c’est lui d’ailleurs qui nous a appris à reconnaître les satellites en vadrouille.

De temps à autre à Ziguinchor, nous sommes content de revoir des camionnettes de l’Océanium, Malang le chauffeur devant un capot béant devant lequel s’affairaient les mécanos Mathias et Laï. L’aventureuse dort dans son étui, il est loin le temps des tournages intensifs, nous prenons le temps d’apprécier la ville, d’observer les oiseaux géants qui se contemplent par dizaine et sans jumelles, de décomposer le mouvement de leur ailes. Emilien fait tourner le commerce de la pastèque à plein régime, nous retrouvons avec plaisir les « genSSe » du GRDR dont Cécile Henriot et  Mamadou Kamara qui a imprimé tout notre site. (ce qui honnêtement nous a fait très plaisir). Je pense aussi au coordonnateur du GRDR Abdou Mané que j’admire d’autant plus pour ses qualités humaines, qui nous avait reçu très chaleureusement.

Once upon a time at GRDR

Pourtant nous n’a pas été rose ; les moments de doutes et les ambiances moribondes, il y en a eu. Petit à petit, nous avons réussi à effacer le piédestal que constituait l’Aventureuse, jusqu’à presque atteindre le statut de stagiaire. Ceci nous a valu du bon comme du mauvais mais c’était en tous cas très intéressant car c’est à ce moment là que les échanges avec les sénégalais étaient les plus authentiques, les plus sincères. A s’asseoir où s’asseyaient les reboiseurs, à rester sous la pluie avec eux, nous avions sans le savoir gagner leur confiance.

Actuellement, nous entrons dans la saison touristique, les toubabs arrivent, nous nous sentons parfois hors du coup face à leurs tenues africaines et leurs dreadlocks. A côté nous faisions bien pâle figure avec nos vêtements rongés par l’eau de javel et décoloré par le soleil. Bizarrement, leur accent français nous refroidit. Le temps pour nous d’aller voir l’association Idée Casamance, profiter d’une dernière ballade nocturne en pirogue à ne pas savoir si nous flottions dans le ciel ou la mer et nous étions remonté à Dakar…

Merci pour tous vos commentaires et messages de soutien.

Philippe F. NAI