Chapitre 31 : Paint it black

Coucher de soleil à la réserve de Somone

Si nos récits se sont parfois voulu de jolis tableaux colorés porteurs d’espoir, dont on a volontairement oublié les nuances de gris, je suppose que le portrait que nous souhaitons dépeindre manquerait de contraste si nous écartons les couleurs sombres de la réalité.

Le projet évolue. Ma pensée circule comme une 2 chevaux bucolique dans les vallées de l’aventure. Libéré de tout carcan culturel, je n’ai plus dans mes discours à dessiner quelques rails d’une logique d’intérêt pour me faire comprendre.

Ouverture de la 3e Edition du Festival des Arts Nègres

Depuis le 10 décembre, Dakar tire vers elle la couverture de lumière à l’occasion de la 3e édition du festival des Arts Nègres laissant de nombreux quartier dans l’ombre. Bien que les masques de bois ne soient plus aujourd’hui qu’un morceau d’Afrique pour touristes, les autochtones ont toujours ce masque de méfiance vis à vis de celui qui porte la couleur de l’ancien colonisateur. Derrière le masque, la triste lueur des leçons apprises et une déception profonde qui ne pourra jamais être effacée. Il faut un nouveau départ, une renaissance sénégalaise ne suffirait pas, il en faut une africaine. Que s’est il passé pour que tant veulent définitivement tourner la page au lieu de sauter une ligne dans les cahiers de l’Histoire?

Youssou Ndour au stade Léopold Sédar Senghor (anciennement le stade de l'Amitié)

Emanant du masque, une logique étrangère fondé sur les intérêts individuels : le « donnant-donnant ». « Le toubab n’agit que par intérêt » c’est ce que j’entends aux quatre coins du pays. Jadis, ce qu’on lui aurait donné, aujourd’hui on lui vend, c’est la leçon apprise pour qui veut prospérer selon le modèle du triomphant. Ce qui me trouble le plus, c’est de constater que l’identité africaine trouve en partie ses racines dans les ténèbres des peuples opprimés. Ce qui m’inquiète, c’est qu’aujourd’hui encore, l’arrivant a encore soif de ce que l’on pourrait lui offrir pour le ramener chez lui.

Chaque sénégalais, chaque vieillard, chaque enfant souffre de l’invisible regard, supposé hautain, que lui jette le monde : il faut prouver… Et pourtant nous verrons dans le documentaire que l’identité africaine est une adolescente brillante et responsable, mais manquant de confiance comme tous les adolescents, qui doit choisir entre la sagesse de ses grands parents et la culture de ses ex-parents adoptifs.

Philippe F. NAI

Les tribunes populaires plongées dans l'ombre

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