CHAPITRE 29: ONE OF US RIDING NOWHERE

Retour en France

Me voilà, seul dans l’avion, après 3 mois sur les terres de la Teranga. Seul à contempler Dakar vu du ciel, vision quelque peu gâchée par l’aile de l’avion, seul à s’apercevoir que la lumière est encore loin d’envahir tous les recoins, mais aussi seul à devoir partager 3 sièges, juste assez de places pour pouvoir s’allonger et s’endormir, ma dernière nuit au Sénégal, qui ne sera pas la moins reposante. Une petite escale à Madrid, à moins de 500km de l’Afrique, me force déjà à supporter le froid européen. L’atterissage à Paris 2 heures plus tard se fera sans encombre, après avoir traversé 3 couches de nuages ne donnant aucune chance aux rayons solaires de pouvoir illuminer les visages figés par le froid. Le froid automnale, souvent accompagné de pluies, n’est pas tout. La Casamance offrait une nature verdoyante, encore très présente et diversifiée, mais en sursis si on ne fait rien pour empêcher la déforestation et l’avancée du désert. Mais ce n’est pas à cela que j’ai pensé en arrivant. Simplement au contraste saisissant entre ce vert casamançais et cette nature dépérrissante que je retrouve à la plus mauvaise des saisons, où les feuilles tombent jour après jour et où les jours raccourcissent de minutes en minutes.

Instead of Watching Rainbows …

J’arrête de m’étendre sur le temps, je préfère repenser à ces moments qui paraissaient ordinaires vu du Sénégal, mais qui sont marquant ici car inhabituels. Ce jour où, en attendant que le vendeur me choisisse une pastèque, son collègue m’invite à boire un thé vert mentholé, ‘le plus cher que l’on trouve à Bignona, je n’en achète pas tous les jours’ me dit-il, heureux de me faire partager son élixir. Ou encore cet épicier dans un quartier de Dakar où nous ne sommes restés qu’une journée, qui me donne des bonbons par hospitalité ‘on se reverra peut-être, inch’Allah’ me lance-t-il tout en retournant à ses affaires. Cette fois où l’on se décide à aller au restaurant à 11h du matin ; la cuisine n’est pas encore ouverte, mais le propriétaire appelle le cuisinier pour nous préparer notre petit-déjeuner constitué de poulet-yassa. Ou encore ses enfant de Bassène criant ‘Mimil’ à chacun de mes passages, et venant me serrer la main… Bien sûr toutes ses situations sont quelques peu faussées car nous sommes des toubab, mais les étrangers les vivent-ils chez nous ? « Le Sénégal nous apprend à une vitesse éclaire à avoir le rythme lent et si particulier des pays chauds » est écrit sur mon carnet de voyage seulement 4 jours après notre arrivée. 3 mois au Sénégal, s’adapter et s’imprégner de la culture Casamançaise s’est fait rapidement, de par notre statut privilégié: les casaçais, comme on l’a souvent écrit ici, sont hospitaliers et fiers de leur région; et la plupart sont près à nous aider pour notre documentaire. Les rencontres se faisaient plus facilement, nombreuses mais toujours naturelles. Un vacancier qui suit la voie déjà tracée par les guides touristiques aura du mal à vraiment s’échapper du circuit s’il n’est pas près à se perdre, à sortir son nez du Lonely Planet et se détâcher de nos barrières occidentales. Le mieux est de ne pas remplir sa valise de son chez soi, sans non plus oublier les choses que l’on fuit en allant en vacances, pour ne pas se déconnecter totalement de notre réalité : on apprécie la valeur des choses quand elles sont étonnantes et peu communes. Il faut arriver à percevoir, comparer et justement pouvoir s’imprégner de ce que les gens ont à nous offrir, et pourquoi pas ramener chez soi ce petit grain de sel venu d’ailleurs. …

I’m gonna make me some

3 mois sans sport, ça ne pardonne pas. Allons en refaire un peu en forêt, qui ressemble plus à un décor du prochain Tim Burton qu’à un lieu de biodiversité. C’est triste de ne ressentir aucune vie dans ces forêt privées, uniformes et vouées à être coupée et vendu. Je n’entends que le vent de ma respiration. Un coureur me dépasse ‘bonjour’. Je lui réponds et on commence à discuter sous l’effort. « Je cours 5 à 6 fois par semaine. On est une bande de potes, médecins, garagistes, chef d’entreprises qui courons ensemble dès 4h du matin parfois pour se retrouver et discuter ». Il me parle du jeu hormonal durant l’effort ; ces hormones qui selon lui ‘nous libère l’esprit et nous donne l’envie de parler de tout et de rien, de philosopher. Le plus important pour nous ce n’est pas la performance, mais le partage et l’échange que l’on se crée à chaque instant ». Et c’est cet homme qui me fait réfléchir sur l’une des nombreuses conclusions de cette expérience de 3 mois qui aura été extra-ordinaire. Finalement, n’est-ce pas ça le plus important, la soif d’apprendre de l’autre, de confronter et remettre en question ses pensées.

Emilien Sage Vallier

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