Chapitre 33 : Mboro Nights

Spatialement vôtre

En fin d’après-midi, nous décidâmes d’aller voir la mer qui n’était qu’à 5 km d’où nous étions. Il était déjà tard et nos jambes étaient plus mues par l’appât instinctif du large que par la raison. Entre deux commerces un stand sans fond laissait apparaître un bassin grand comme un stade où se rassemblait une communauté de grues blanches comptant des milliers d’individus venues se reposer au soleil couchant. Notre portée de vue passant des 3 mètres du bord de route à 1 km vers cet amoncellement majestueux de vie, nous restâmes sans dire un mot avec l’impression d’assister à une émanation d’une ancienne et puissante nature ramenant la ville à sa propre humilité.

Nous commencions à avoir faim, mais l’habitude nous assurait qu’en tout lieu nous pouvions trouver sans problème à manger, au Sénégal on ne cherche pas de la nourriture, elle nous trouve. Nous nous arrêtâmes à un stand pour acheter quatre beignets que nous mangeâmes allègrement en marchant dans un sens, puis une minute plus tard dans l’autre tellement ils étaient bons pour en acheter d’autres, la marchande était d’ailleurs très fière de notre demi-tour. Sur la route nous rencontrons une camionnette « Orange » qui s’était enlisée sur le bas-côté. Tant mieux, les sons tonitruants de hauts parleurs saturés ne troublaient que trop le calme de la ville qui n’a pas vocation à devenir une fervente supportrice de l’équipe de football hollandaise. Au passage, comme souvent on nous demande ce qu’on fait ici. Le temps de répondre et nous rations l’hippique charrette que Robert voulait tant emprunter.

Le long de la route, il n’y avait que des voitures au retour, rien à l’aller. Un frémissement de nature nous saisit : nous marchions doucement de peur d’interrompre la paix de cette allée bucolique avec laquelle nous étions alors en communion. Notre chemin d’errance était bordé de terrains sauvages reflétant la grandeur de l’âme africaine. Au crépuscule les silhouettes des baobabs étaient si bien ciselés sur ce dégradé bleu-orange qu’on aurait pu penser que les puissances célestes s’étaient essayées à un grand jeu d’ombres chinoises dont chaque fractale était respectée. Dès lors, l’expression ligne d’horizon rougissait à mesure que le soleil allait s’éteindre dans l’océan.

Dans le silence de ce moment hors du temps, le mystérieux grondement de la mer ; nous ne la voyions pas, il fallait la deviner à mesure que le bruit de chaque vague venait gonfler nos coeurs de certitude. Robert et moi ne pouvions nous empêcher de nous regarder pour vérifier que ce que nous vivions n’était pas seulement couché sur les pages de nos pensées. Vers 19h, nous rencontrions la dernière âme capable de nous saluer. Dans la nuit, nez vers le ciel, Je fermais les yeux en imaginant le plus grand nombre d’étoiles possibles. En les rouvrant à nouveau, je découvre qu’elles sont beaucoup plus que tout ce qu’un esprit humain peu se représenter. Ce n’est plus un ciel, c’est un grand orchestre, un opéra intersidéral sous lequel le reste de l’aventure nous appartient.

Philippe F. NAI

 

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