L’identité nationale brésilienne

Après quelques mois passés au Sénégal, le retour fut un électrochoc. On ne découvre pas la France, on la redécouvre à travers le regard de celui que l’on est devenu. Les questions de l’immigration et les débats qui se sont brôdés autour, ont créé un climat particulier qui m’a beaucoup heurté. Comment de tels discours ont pu être tenu ouvertement faisant presque oublier que la France s’est façonnée de la rencontre des peuples. Que le mélange de leur culture fait sa richesse et son identité?

Je vous propose aujourd’hui un peu de lecture. C’est une préface de Luiz Inacio Lula da Silva, Président de la République Fédérative du Brésil traduit par Catherine Leterrier, un autre point de vue, un autre regard.

« C’est la dimension humaine qui doit servir de socle à l’union des peuples. Les hommes se sont rapprochés et ont prospéré à partir du moment où les pays ont réduit les barrières liées aux distances géographiques, et où ils ont pu mieux se connaître. Il s’agit d’un patrimoine extrêmement important dans un monde où coexistent la mondialisation et les particularités locales. C’est là un élément positif des relations internationales qu’il nous faut préserver et consolider. Pour les Brésiliens, l’immigration revêt un sens tout particulier. Le Brésil doit sa formation en tant que peuple et nation à un riche processus de métissage entre les nombreuses populations qui s’y sont installées, portées par un espoir, celui d’une vie meilleure. Aux peuples indiens, premiers habitants de nos terres, sont venus s’ajouter, entre autres, des Portugais, des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Polonais, des Japonais, des Ukrainiens, des Latino-Américains de différents pays et, surtout, des Africains qui, arrachés à leur mère l’Afrique pour servir d’esclaves, ont constitué le fondement du peuple brésilien. Les Afro-Descendants forment aujourd’hui la population majoritaire au Brésil.

Nous sommes, de la sorte, une nation formée par les immigrants. Une nation qui montre dans la pratique combien les différences culturelles peuvent contribuer à bâtir une société qui recherche en permanence l’harmonie et se bat avec vigueur contre les discriminations et les préjugés. Nous sommes non seulement un « peuple de mélanges » mais, ce qui est plus important, nous aimons être un peuple de mélanges. Parce que nous savons que nous tirons de ce processus de rencontre entre les cultures et entre les populations notre identité, notre force, notre facilité au dialogue et notre ouverture à autrui, notre joie de vivre, notre créativité et notre talent.

C’est dans cet esprit que nous avons pris récemment des mesures pour faire en sorte que cet héritage puisse se perpétuer. Avec la loi 11.961 adoptée le 2 juillet 2009, les droits prévus dans notre législation ont été étendus aux immigrés en situation irrégulière au Brésil. Ces droits concernent plus particulièrement la liberté de circulation sur le territoire national et l’accès sans restriction à un travail rémunéré, à l’éducation, à la santé publique et à la justice. Il est bon de rappeler que la Constitution brésilienne elle-même, s’agissant des garanties et des droits fondamentaux, stipule que tous sont égaux devant la loi, qu’ils soient Brésiliens ou étrangers résidant au Brésil. Par le biais d’engagements entérinés dans divers accords internationaux, l’État brésilien reconnaît que les immigrés ont des droits et des devoirs qui doivent être respectés.

Le nouveau jalon posé par cette loi signifie que le Brésil se positionne chaque fois plus à la hauteur des réalités migratoires contemporaines, des conditions mondialisées du développement économique et social et du respect fondamental des droits de l’homme. Cette législation récente est également le fruit d’un vaste débat national impliquant différents secteurs de la société et les immigrés eux-mêmes, qui ont eu ainsi la possibilité de clarifier les problèmes auxquels ils font face et de proposer des solutions.

Je suis convaincu que l’harmonie entre les nations ne sera pas le produit de guerres et de conflits, de murs et de barrières érigés, mais bien de gestes de solidarité et de reconnaissance mutuelle. Le grand fossé creusé par l’inégalité dans la distribution des richesses entre les nations ne sera pas comblé avec des mesures discriminatoires et répressives à l’encontre de l’immigration. Ceux qui pensent et agissent de la sorte se trompent. La lutte pour la vie et la survie ira toujours au-delà de n’importe quelle mesure discriminatoire, lui ôtant toute efficacité. Il n’y a, au bout du compte, qu’un seul remède face à la peur de l’immigré et contre la xénophobie qui envahit de nos jours bon nombre de pays et de populations  : construire une nouvelle relation entre pays et nations qui mette un terme au protectionnisme vil ainsi qu’à l’exploitation criante lésant les pays pauvres, et encourager le développement autonome et durable de ces pays et de leurs populations. Dans la mesure où il devient impossible de vivre et de survivre dans ces pays, la seule issue est l’exode – la recherche de moyens de survie ailleurs, dans un autre lieu. C’est là une loi naturelle que personne, qu’aucune force sur cette Terre ne pourra entraver. J’ai moi-même vécu à titre personnel cette expérience  : ma mère a été obligée d’émigrer depuis une région brésilienne de grande sécheresse et d’extrême pauvreté à l’époque vers le grand centre industriel de Sâo Paulo  ; elle est partie les mains vides, n’emmenant que les vêtements qu’elle portait, mais aussi l’espoir de trouver de quoi survivre, et traînant avec elle ses sept enfants… Quelle mère, quel père, peut assister à la mort par inanition de ses enfants sans réagir, sans se battre, même si l’horizon lui semble bouché et lourd d’incertitudes  ?

Je me suis battu de toutes mes forces pour mettre sur pied la jonction des pays d’Amérique latine, de ceux de notre si chère Afrique et ceux de l’Asie… Je ne crois pas qu’il puisse y avoir de changements dans les relations Nord-Sud sans que se mette en place un grand processus unitaire, solidaire et combatif qui structure la force de ces pays et qui, en établissant un nouveau rapport de forces, permette de conquérir les droits et les conditions nécessaires au développement juste et durable de chaque pays sur la surface du globe.

Je rêve du jour où chaque être humain pourra vivre en paix et en dignité dans sa propre patrie, et où la libre circulation entre les peuples sera un choix personnel, un droit, et non une nécessité… Tant que ce rêve ne se réalise pas, le travail mené par des associations comme Emmaüs, de même qu’un livre (*) tel que celui-ci, aident grandement à éveiller les consciences et à mobiliser les forces nécessaires à la préservation de la dignité et des droits des immigrants, d’où qu’ils viennent et quelque l’endroit où ils se trouvent. »

Pour la libre circulation des migrants, Emmaüs International (Éditions de l’Atelier, 130 pages,15 euros).

Une réponse à to “L’identité nationale brésilienne”

  • LeGaulois78 says:

    Moi j’ai 65 ans. J’ai embauché deux africains et un arabe et je peux vous dire qu’ils font du bon travail. ça m’énerve de voir ces politiques mettre tous les problèmes sur le dos des immigrés. Faudrait qu’ils sortent un peu de leur bureau bon sang!

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