Les déterritorialisations du vecteur

Autrefois un nuisible surtout considéré lors de vacances en zone tropicale, le moustique est aujourd’hui plus que d’actualité en France.

Conférence sur les moustiques tigre par… par Porteursdelanternes

Pour en savoir plus, je suis allé voir une des dernières cartographies de Frédérique Ferrer, la 3e pour être exact, intitulée les déterritorialisations du vecteur. Tout d’abord, il convient de préciser ce que sont les cartographies qui sont de petites conférences théâtrales sur des endroits du monde, nées de l’envie de l’auteur, géographe de formation, de raconter les espaces. Frédérique Ferrer parle de déterritorialisations car plus qu’une simple expansion du moustique, vecteur malheureux de maladies, il s’agit selon ses propres dires d’une décontextualisation du moustique tigre qui d’abord changea de cible, en passant du singe à l’homme ; puis d’habitat, en évoluant aujourd’hui en zones urbaines tempérées alors qu’il vivait auparavant dans les forêts tropicales. A travers cette conférence qui amène la géographie au théâtre, c’est sous un angle inédit que le public se voit conter, tambour battant, une épopée virevoltante entre Asie et Méditerranée qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin.  Bref, un spectacle à la fois divertissant et documenté qui vaut le détour !

Une espèce invasive

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Aedes albopictus – Bien qu’ayant déjà colonisé des îles du Pacifique et de l’Océan Indien au cours du 19e siècle, son extension s’est considérablement accélérée depuis la fin des années 1970.

« Le moustique a colonisé Perpignan », « La chasse au moustique », « Le moustique poursuit sa progression en France » ou encore « Le moustique aux porte de Paris » titre un article du Monde qui traduit notre inquiétude envers l’acteur détesté de la biodiversité qui nous revient dans sa version « tigre ». Non, ce n’est pas le coloris à la mode mais bien une sous-espèce Aedes albopictus qui nous provient d’Asie du Sud-Est et envahit inexorablement l’Europe par le sud. Débarqué en 2004 en France, il désormais considéré comme implanté et actif dans 17 départements, allant de l’arc méditerranéen à la Haute-Garonne, le Lot-et-Garonne, l’Isère, la Drôme, l’Ardèche et le Rhône. « On sait qu’il progresse et qu’il va continuer de progresser, il se déplace par petits foyers », ajoute Jean-Baptiste Ferré, entomologiste à l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID).

L’expansion en Europe est récente (Albanie en 1979, Italie en 1990, France en 1999, Belgique en 2000, Serbie et Monténégro en 2001, Espagne et Suisse en 2003, Croatie et Grèce en 2004, Bosnie-Herzégovine, Pays-Bas et Slovénie en 2005).

Un problème de santé publique

Plus coriace et piquant en plein jour, Aedes Albopictus est surtout redouté car le passeur malheureux de maladies tropicales infectieuses comme la dengue ou le chikungunya, jusqu’aujourd’hui incurables. Si ces maladies ne sont pas mortelles, elles peuvent être très douloureuses et invalidantes : le chikungunya, qui signifie « maladie de l’homme courbé », provoque de fortes fièvres accompagnées de douleurs articulaires et la dengue aussi appelé « petit paludisme » est également responsable de fièvres carabinées et peut évoluer vers une forme hémorragique. Les autorités sanitaires sont donc en alertes mais ne se veulent pas pour autant alarmistes : « le moustique n’est pas, en lui-même, porteur de ces virus. Il ne peut le transmettre que s’il a piqué, au préalable, une personne déjà infectée. Ce risque est lié à l’arrivée sur le territoire de personnes infectées de retour de voyages en provenance des zones tropicales ». Et de rappeler que pour réduire de 80% sa présence, il « suffisait » de supprimer les eaux stagnantes, nécessaires, à leur reproduction. En 2006, année de la grande épidémie de chikungunya à La Réunion, 780 cas avaient été recensés en France métropolitaine. Et, pour la première fois en 2010, des cas dits « autochtones » – contractés localement – avaient été observés dans le Var.

Une expansion favorisée par l’homme notamment via les changements climatiques

Situation en 2011 – Deux phénomènes sont à l’origine de cette extension mondiale : la biologie de l’espèce et le commerce international. Un troisième va l’accélérer selon de nombreuses études qui prévoient sa dissémination dans l’Europe entière : le réchauffement climatique ! source : moustiquesolutions.com

Lui-même peu mobile, le moustique évolue dans un périmètre de quelques centaines de mètres. En revanche, il se déplace sur des centaines de kilomètres grâce aux voitures et aux transports de marchandises. On le retrouve sur des aires d’autoroute, alors qu’il a emprunté une voiture ou un camion. C’est par l’intermédiaire du tunnel du Fréjus qu’il est arrivé jusqu’en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas depuis l’Italie. Des scientifiques prédisent même sa progression jusqu’aux pays Nordiques, aidés par le trafic mais aussi par le changement climatique, avec des températures plus humides et plus chaudes qui lui sont favorables.

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