Les touristes à Paris

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« Les touristes à Paris », le mot d’ordre est lancé et me voici déjà à décortiquer cet énigmatique sujet de reportage qui berce mon esprit, alors que mes jambes essayent comme elles peuvent de le suivre dans ses raisonnements, m’engouffrant dans les dédales du métro : direction du Louvre. C’est une synergie qui s’opère donc, entre un mode intellectuel et un cheminement physique, l’un entrainant l’autre au gré des perceptions car j’ai décidé de vivre le reportage comme un voyage : celui qui définit le touriste. En effet, lorsqu’on cherche le mot touriste dans le dictionnaire, on nous dit qu’il qualifie « celui qui voyage pour son plaisir« . Dès lors et vu sous cette angle, on pourrait se demander si les touristes à Paris, différents de ceux qu’on pourrait trouver ailleurs. Et si le voyageur est sur la route de l’universel, qu’en est il du touriste ?  Eléments de réflexion recueillis devant les pyramides du Louvre.

Du tourisme pour s’imprégner d’art, un instant

Je rencontre un premier couple dans la capitale pour cinq jours : Pascale et Philippe, venus du Québec, à qui je demande d’emblée si voyager, c’est la même chose que de faire du tourisme : « Voyager c’est sur une plus longue durée pour vivre avec les habitants, m’explique Pascale. Les touristes, nous, on n’a pas le temps, on visite les endroits touristiques et voilà ; c’est confiné. Un vrai voyageur c’est quelqu’un qui osent sortir du cadre, pour déambuler ». Philippe, barbe grisonnante et l’œil vif explique qu’il voyage lorsque son regard se met à observer : « On fait un peu les deux en fait, j’aime beaucoup l’architecture de Paris. Les bâtiment sont des œuvres d’art, ça teinte le quotidien. Au Québec on a des statues mais on ne sent pas cette pesanteur de l’histoire, ce théâtre du passé. » L’art, un mot qui revient à la bouche des touristes que j’interroge, à l’instar de Kathlyn, venue avec son ami de Montréal pour une semaine à Paris : « j’ai l’impression qu’ici l’art n’est pas séparé des autres aspects de la vie. C’est assez semblable à Montréal où il règne un état d’esprit où l’on donne de la valeur à l’art, je n’ai pas cette impression dans le reste du Canada par exemple. »

«  vrai voyageur c’est quelqu’un qui osent sortir du cadre, pour déambuler »

Du voyage pour vivre une culture

Au final, la plupart des touristes que je interroge, qui n’ont de leur expérience courte qu’une opinion basée sur le mode impressionniste, ne se voient pas vivre à Paris qui reste pour eux avant tout une grande ville. Ce que comprend Oscar, un mexicain à Paris, pour qui le fait d’être resté plus longtemps offre un autre éclairage : « Paris, c’est comme dans toutes les grandes villes, il y a ce fonctionnement à mécanique rapide. Avant lorsque je n’étais que touriste, je n’aimais pas Paris, se rappelle t’il. Mais plus tard, quand  j’eus  l’occasion de voir les choses à un rythme plus lent, j’ai pu m’y perdre pour mieux connaître et envisager d’y vivre. » Dilater le temps pour voir autrement où une manière en tous cas d’avoir un point de vue plus global. Ainsi Mike, un new-yorkais conclut : «  C’est vraiment bénéfique d’aller voir d’autres cultures, ne serait-ce que pour ne pas se séparer du reste du monde et réaliser que la plupart  des gens sont les mêmes, dès lors qu’on a pris un peu de temps pour discuter. » A l’arrêt de bus, en retour de reportage, je repère Lise, une allemande d’adoption que je voyais contempler les feuilles arbres virevolter au vent, touriste quelque part, car de retour après 35 ans à l’étranger. Pour elle, il ne s’agit plus seulement du défilement des images mais aussi d’une histoire de changements dus au temps. Et si voyager était une question temporelle ? Le touriste en reportage que je suis n’a pas encore eu le temps de le confirmer.

credit photo : Pierre Salvaille : Voyage dans le temps

credit photo : Pierre Salvaille : voyage dans le temps

Philippe NAI

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