De l’énergie en Afrique

La mangrove dévastée
Notre film ne porte pas sur le sujet de l’énergie en Afrique. Cet article fait écho à celui paru dans le Greenpeace magazine afin de le préciser selon mes propres mots. Si vous souhaitez publier des témoignages ou faire par d’un commentaire comme d’habitude, nous restons ouvert : lanternbearers@live.fr.
Ecologie et humanitaire
Durant le tournage de notre film au Sénégal, je n’ai pu que constater chaque jour à quel point la santé des gens étaient lié à la « santé » de leur environnement. Et si en Europe les dérégulations climatiques sont au coeur des discussions, en Afrique, elles ont un impact immédiat et concret sur les conditions de vie des habitants.
Au Sénégal, l’avancée de l’océan sur les terres détruit petit à petit les maisons sur les bords de mer et inondent les rizières qui fournissent l’alimentation de base. Le raccourcissement drastique de la saison des pluies de 6 à 3 mois depuis le milieu des années 60 a diminué le rendement des récoltes posant des problèmes d’autosuffisance alimentaire, la sècheresse a participé à tuer l’écosystème de mangrove, une forêt poussent dans la mer, véritable nurserie pour les poissons qui constituent la principale source de protéine pour les populations.
Depuis toujours, les africains subissent l’écologie mais on est aujourd’hui à un tournant et les choses évoluent. C’est l’objet du film Les Porteurs de Lanternes – Kañen di Kañen.
Concernant l’énergie, l’adaptation écologique est essentielle pour l’amélioration des conditions de vie et miser sur les énergies renouvelables fait partie de cette adaptation. Les combats pour le respect de l’environnement et ceux pour améliorer la condition humaine sont liés. On ne peut plus jouer à pile ou face.

Une maison détruite par la montée des eaux
Entre fatalisme et espoir

19h, Oussouye, en Basse Casamance, est plongé dans l'obscurité
Au Sénégal, avec 3000h d’ensoleillement par an, les énergies renouvelables constituent un espoir pour les populations. Pour l’Etat, elles peuvent annoncer une nouvelle donne énergétique. Pourtant il y a tellement de coupures que certains disent que le pays est « semi-électrifié ». On est juste un peu plus à l’abri, si on habite la capitale ou près d’une zone d’activités industrielle. La Senelec, fournisseur étatique d’électricité est synonyme de coupure, une rapide recherche sur internet suffit à se faire une idée. Alors que les factures d’électricités sont exorbitantes, les coupures inopinées qui peuvent parfois dépasser 24h font osciller les foyers entre colère et résignation. Parfois, les émeutes succèdent aux manifestations : en juin 2011 elles avait fait 102 blessés à Dakar.

En 2011, les gens sont obligés de ressortir la lampe à huile
En Casamance, les coupures peuvent intervenir tous les jours, c’est quelque chose de normal depuis l’ère Wade en 2000. C’est toute une culture de l’insuffisance énergétique qui s’est développée : ondulateur pour le matériel informatique, groupe électrogène, on consomme frais ou des aliments séchés au feu de bois issus de la déforestation. Il n’y a pas vraiment de chaine de froid possible, pas de développement économique durable. Chacun a sa bougie prête, son portable torche, voir sa lampe à huile… Cependant si de notre point de vue occidental, on peut parler d’une culture autour de l’insuffisance énergétique, on pourrait aussi penser qu’il s’agit aussi d’une culture de la sobriété énergétique avec des avantages pratiques et sociaux. Pratiques car les gens n’appuient pas complètement leur mode de vie autour de l’électricité et le solaire peut alors combler des besoins encore peu gourmands. Une installation suffit à recharger les portable, s’éclairer, allumer la télévision et la radio le soir. Sociaux, car si chez nous « retourner à la bougie » est un argument redondant chez les écolo-sceptiques, il faut bien reconnaître qu’avec moins d’électricité, les gens ont plus tendance à vivre directement ensemble et à partager une vie sociale réelle.

Un panneau photovoltaïque au port d'Elinkine
Ceci dit, les temps changent petit à petit. Et si le coût des innovations issus des logiques de développement durable reste élevé, ce sont des dispositifs dans lesquels les sénégalais sont prêt à investir car ils représentent dans les esprits quelques choses de durable, avec cette valeur d’indépendance qui est ce à quoi les gens aspirent quand ils se sentent en quelque sorte enchaînés. A l’échelle locale l’énergie renouvelable représente un moyen réaliste d’assurer une continuité énergétique pour les familles. A l’échelle nationale elles permettent de moins dépendre des importations. Car au Sénégal, il faut savoir que 63 % de la production actuelle est à base de pétrole et de gaz naturel et 90 % des centrales de base utilisent des matières premières importées (du Nigéria par exemple, un autre problème). En permettant les particuliers d’être autosuffisant, le pays pourrait gagner son indépendance énergétique encore faut il une réelle volonté politique.

Des chauffe-eaux solaires à l'ASAN de Dakar
Philippe NAI
Bonne année !

Bonjour à toutes et à tous,
Quand on regarde l’année passée, on est tenté de tourner la page. D’oublier les crises financières, les crises morales et les catastrophes écologiques dont on a parfois peine à se dire qu’elles sont réelles tant elles sont horribles et lourdes de conséquences. On pourrait retenir ces révolutions, promesse d’un élan de liberté, mais quelque part, l’expérience nous dit que rien n’est encore joué. Alors que penser? Devons nous fuir, impuissants et spectateurs, vers l’année 2012 en espérant qu’elle soit un peu meilleure?
Je me rappelle d’une prof que j’ai eu, une de ces personnes qui vous change une vie. Elle me disait que ce n’était pas parce qu’on faisait une rature qu’il fallait tourner la page. J’ai souvent réfléchi à cette idée et petit à petit j’ai commencé comprendre ce qu’elle voulait me dire. Chaque erreur est un essai à transformer ; chaque erreur, une opportunité de transformer un épisode malheureux en expérience comme une promesse de jours plus heureux. Et si une cicatrice est douloureuse, elle est aussi un rappel pour ne pas se blesser une nouvelle fois. Je crois que si j’aime tellement le projet Porteurs de Lanternes, c’est que sa liberté, nous permet chaque jour de nous tromper, de me dire « je ne sais pas » et d’avancer un peu moins ignorant. Une erreur est une medecine amère mais le patient en a parfois besoin.
Mauvais travail, mauvaise stratégie, mauvais partenaire, mauvaise orientation, mauvaises décisions, mauvaise attitude, mauvais voeux de nouvelle année etc… Ce ne sont pas les occasions qui manquent et c’est une BONNE nouvelle : les erreurs on peut en faire partout et à n’importe quel âge, ce qui veut dire aussi qu’on peut rebondir à n’importe quel âge. Des erreurs, j’en ai fait des tas mais je me suis toujours souhaité d’en grandir et aujourd’hui, pour le début de cette année 2012 je vous le souhaite à vous chers Porteurs de Lanternes.
Certains disent que 2012 sera la fin du monde, je pense plutôt que c’est l’opportunité d’en construire un autre meilleur.
Faisons de 2012, une bonne année.
Philippe
Portrait de Célestine Akpobari, activiste nigérian
Nous sommes en décembre 2011 et le dernier Altermondes est paru. Dans ce numéro, ma contribution a été de recueillir le point de vue de Celestine Akpobari, activiste représentant du peuple Ogoni qui se bat depuis des années pour que soit reconnue la responsabilité du gouvernement nigérian et des compagnies pétrolières dans le désastre écologique et social qui sévit le delta du Niger.

A propos de ce numéro
« En 2006, l’humanité franchissait un cap sans précédent dans son histoire, comptant désormais plus d’urbains que de ruraux. En 2030, les villes abriteront 5 milliards d’êtres humains soit deux tiers de la population mondiale. Ce boom démographique concernera essentiellement les pays du Sud. Les enjeux sont énormes et la démocratie urbaine la seule voie de sortie. Un dossier de 16 pages réalisé en partenariat avec l’Aitec, Amnesty France, Association 4d, Cités Unies France, Enda Europe et le Gret.
A découvrir également dans ce numéro : une plongée au cœur de la Corne de l’Afrique, aux côtés des acteurs de la société civile dans une région en proie à tous les maux, un reportage sur le projet d’exploitation par Total de sables bitumineux à Madagascar, une analyse de l’histoire des mouvements féministes au Moyen Orient, un coup de projecteur sur le tourisme rural au Maroc, au Brésil et en Inde, un hommage de l’historien camerounais Achille Mbembe à Frantz Fanon, etc. » ~ Altermondes
A propos de Celestine Akpobari
Voici une présentation de Celestine rédigée à partir des propos tenus par l’intéressé lui même.
![Celestine AkpoBari addressing the press[1]-1](http://www.lesporteursdelanternes.com/wp-content/uploads/2011/12/Celestine-AkpoBari-addressing-the-press1-1.jpg)
Celestine s'adressant à la presse
Après 10 ans dans la société, il fut élu président de la branche Risonpalm de l’Union des ouvriers agricoles du Nigéria (AAWUN) par quelques 4000 ouvriers et plus tard vice-président de l’Etat de Rivers de la même union. De ces années de travail, il fut confronté à « la corruption et l’oppression » du management en place qu’il combattit et réussit à mettre à l’écart en mobilisant ses collègues.

Manifestation pour l'autodétermination et la libération des peuples indigènes (Celestine au centre)
Inspiré par l’activiste environnemental Ken Saro Wiwa, il continua via l’OSF Nigéria (Ogoni Solidarity Forum) à faire campagne pour à mobiliser le peuple Ogoni à agir pour leurs droits (OBR Ogoni Bill of Rights) à travers l’activisme non-violent. En novembre 2009, il organisa par exemple l’enterrement symbolique de Shell conduire la compagnie à quitter les terres ogonies.

Enterrement symbolique de Shell (Celestine 2e en partant de la droite)
Actuellement, il oeuvre à Social Action en tant qu’agent de programme pour l’action communautaire et la solidarité et participe aussi à la coordination de coalitions pour des actions pro-démocratiques et anti-corruption comme l’UAD (United Action for Democracy) et le MAC (Movement against Corruption). A Social Action, Celestine est responsable de la sensibilisation et de la mobilisation afin de développer la participation citoyenne pour la prise de paroles des communautés face aux politiques et pratiques énergétiques et minières ; la participation et le dialogue entre les communautés, la société civile et les gouvernements pour faire en sorte que les revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles reviennent aux populations.
« Celestine Akpobari est un défenseur des droits humains, il prend des risques pour sa sécurité, pour sa liberté, pour son intégrité physique afin de défendre les intérêts des populations dans le delta du Niger. Or pour cette activité qui normalement devrait lui attirer des félicitations dans son pays, il est parfois arrêté, menacé, harcelé. Nous sommes intervenu à plusieurs reprises lorsque justement il avait eu maille à partir avec les forces de sécurité au Nigéria pour une activité qui est une activité parfaitement légale et qui devrait être encouragé par les autorités nigérianes. » Francis Perrin – Vice président Amnesty International
Son appel
« Il n’y a pas de futur pour le Nigéria, ni pour aucun citoyen de ce pays si nous ne tirons pas de bénéfices du pétrole car ce n’est pas une ressource renouvelable, quand on l’extrait on l’extrait ! Le pétrole s’épuise alors qu’il n’assure toujours pas le futur des nigérians. Nous devons nous soulever. Je suis non-violent mais je souhaite une révolution. »
Everything in life is struggle, you struggle for it. Nobody will give it to you on mere asking…* ~ Celestine Akpobari – Nigeria
*Tout dans la vie est un combat, on doit se battre. Personne ne te le donnera juste parce que tu le demandes.
Pour en savoir plus, commandez le numéro d’Altermondes !
Les Porteurs de Lanternes – Teaser 3
Il arrive des moments où rien n’est ni fabriqué ni calculé, où nous n’avons envie de tracer de route que celle qui nous ressemble le plus. Voici un moment de liberté que nous sommes heureux de partager avec vous, il s’appelle « l’intervieweur interviewé. »
Tissé et composé par Robert
J’en profite pour saluer l’école de Notre Dame de Mboro : les écoliers bien sûrmais aussi l’équipe pédagogique qui jour après jour réalise un travail exceptionnel.
Citation du jour
»Notre culture a été fondée sur une simple distinction entre le mainstream et l’avant garde. Le mainstream est conformiste, sans imagination et majoritaire. L’avant garde est rebelle, créative, imprudente et prompte à prendre des risques. »
Grant McCracken, anthropologue
Prêt à jeter – Obsolescence programmé, un documentaire à recycler
Soutenez les auteurs et permettez leur de réaliser d’autre documentaire. Si le documentaire vous à plu, vous pouvez l’acheter ici :
http://www.artevod.com/pret_a_jeter;jsessionid=171FED31624E38277C5BFCAB06AD184A.tc6v2
Le manifestant, «personnalité de l’année» selon le magazine Time
Article publié le : mercredi 14 décembre 2011

De Benghazi à Athènes, en passant par Wall Street et Moscou, le magazine honore les acteurs des révoltes de l’année 2011.
Sur fond rougeâtre, le manifestant s’affiche en couverture du Time. Pour la rédaction de l’hebdomadaire américain, ce mercredi 14 décembre, « il » est la personne qui a marqué l’année 2011. Une récompense collective pour les acteurs des révoltes qui ont chamboulé les équilibres géopolitiques et donné un nouveau souffle à la démocratie dans le monde.
Il fut de tous les combats. Mettant sa vie professionelle et familiale entre parenthèses. Bien souvent même en danger. Il fut de ceux qui renversèrent Ben Ali en Tunisie, conspuèrent Moubarak place Tahrir, de ceux qui prirent les armes pour la première fois à Benghazi, dans l’est de la Libye. Il occupa Wall Street pour y dénoncer les abus du secteur financier, tempêta contre le gouvernement grec qui lui imposait l’austérité, ou brandissait les bulletins falsifiés dans un bureau de vote moscovite à la face des caméras occidentales, il y a encore quelques jours.
C’est parce que ce Monsieur Tout-le-Monde n’a pas souvent la faveur des médias, qui n’ont d’yeux que pour quelques hérauts, que le magazine Time a décidé de le mettre à l’honneur cette année. Tous ces manifestants « ont déjà changé l’Histoire » pour son directeur de la rédaction, Rick Stengel. Sur la chaîne américaine MSNBC, le patron du magazine a justifié le choix de ses troupes : « Partout les gens ont dit qu’ils en avaient assez, ils ont contesté, ils ont exigé. Ils n’ont pas désespéré, même quand les réponses sont arrivées sous formes de gaz lacrymogènes ou de balles ». L’hebdomadaire consacre son édition de fin d’année à tous ces mouvements populaires qui ont renversé – sinon fait vaciller – l’ordre établi, en publiant une série de clichés du photographe Peter Hapak, ainsi qu’une galerie de portraits de quelques figures méconnues de ces révolutions.
Source RFI, Par Marc Etcheverry
![Time-Person-of-the-Year-Protester[1]](http://www.lesporteursdelanternes.com/wp-content/uploads/2011/12/Time-Person-of-the-Year-Protester1.jpg)
Dossier Carbone : Cycle et échange (3e partie)
L’élément carbone se trouve sous deux formes : carbone organique et inorganique. On peut donc étudier deux cycles qui sont finalement imbriqués l’un dans l’autre. Nous allons distinguer le carbone organique de sa forme inorganique. On peut donc étudier deux cycles qui sont finalement imbriqués l’un dans l’autre.
Le cycle du carbone organique
Le carbone organique est le carbone produit par les organismes vivants et est associé à des atomes d’hydrogène, d’azote, de phosphore et d’autres atomes de carbone au sein de molécules constituant la matière organique ou les hydrocarbures. Ce cycle est constitué de différents compartiments : atmosphère, organismes vivants (ou biotes), sols et sédiments marins, roches sédimentaires.
De l’atmosphère aux êtres vivants : fixation du Co2
La photosynthèse est le processus qui permet l’intégration du carbone dans le réseau du vivant. Etendu à l’échelle de la planète, elle a lieu dans les forêts par végétaux chlorophylliens mais surtout au niveau des océans via les microorganismes photosynthétiquesle phytoplancton. Au cours de ce processus, le carbone du Co2 (minéral) est fixé et permet de former des molécules organiques et ce grâce à l’énergie lumineuse selon la réaction :
6 CO2 + 6 H2O + hν (énergie lumineuse) → C6H12O6 (glucose) + 6O2
Des êtres vivants à l’atmosphère : les gaz à effet de serre
La respiration est le processus inverse de la photosynthèse. La molécule organique (glucose) est alors dégradée par ces mêmes organismes vivants selon :
C6H12O6 + 6O2 → 6CO2 + 6H2O
La dégradation du glucose permet la libération d’énergie utilisée par l’organisme, qu’il soit autotrophe ou hétérotrophe, pour son métabolisme. Le dioxyde de carbone produit sera dégagé dans l’atmosphère. Les organismes photosynthétiques effectuent la respiration lorsqu’il n’y a pas assez ou pas du tout de lumière. En consommant la matière organique les producteurs secondaires stockent le carbone fixé au préalable par les producteurs primaires (dans les milieux aquatiques comme terrestres).
Un autre processus, la fermentation, produit du dioxyde de carbone et du méthane qui sont dégagés dans l’atmosphère :
C6H12O6→3CO2+3CH4
Ces trois processus se déroulent sur des échelles de temps relativement courtes.
Des êtres vivants à la terre
A la mort des organismes vivants a lieu la décomposition par les microorganismes. La matière organique passe alors dans le compartiment du sol : les molécules organiques y sont dégradées plus ou moins rapidement selon leur complexité. Les trois principaux processus de séquestration du carbone dans la pédosphère sont l’humification, l’agrégation et la sédimentation :
La formation des humus résulte de processus biochimiques qui concourent à la transformation de la matière organique morte par l’action des bactéries et des actinomycètes du sol (champignons). L’agrégation conduit à l’encapsulation de la matière organique, principalement par les vers de terre.
La sédimentation permet la formation de combustible fossile, qui se fait en trois étapes: il y a d’abord accumulation de la matière organique, provenant d’organismes morts, qui sédimente strate par strate. Puis maturation de la matière organique : sous l’effet de l’augmentation de la température et de la pression cette matière organique se transforme en kérogène, précurseur de gaz naturel et du pétrole. Enfin les hydrocarbures remontent à la surface jusqu’au moment où ils sont piégés par des roches imperméables de nature variée : le gisement de pétrole ou de gaz est alors formé.
Le cycle du carbone inorganique
Le carbone inorganique est le carbone qui n’a pas été associé à des molécules organiques. Il s’agit du carbone minéral.
Le cycle du carbone inorganique se passe essentiellement dans le compartiment océanique. Les échanges air-océan sont contrôlés par deux facteurs :
- La solubilité, régie par l’équilibre thermodynamique du CO2 à l’interface air-mer. D’un point de vue physique, le CO2 se répartit de façon à équilibrer les pressions partielles entre l’océan et l’atmosphère. La solubilité du CO2 diminue lorsque la température augmente. Ainsi, une eau froide qui remonte des profondeurs libère du gaz carbonique lorsqu’elle se réchauffe en surface. Inversement, l’eau qui dérive vers le Nord avec le Gulf Stream entraîne le carbone dissous en surface dans les couches profondes qui, étant plus froides, ont une plus grande capacité de stockage. Le cycle du carbone est donc étroitement lié à l’évolution de ce premier maillon : le transport physique du CO2 dissout.
- La pompe biologique, régie par l’activité de la biomasse marine, à savoir le phytoplancton et les coraux. Le phytoplancton marin, à l’instar des arbres, utilise la photosynthèse pour extraire le carbone du CO2. Il est le point de départ de la chaîne alimentaire océanique. Le plancton et d’autres organismes marins utilisent le CO2 dissous dans l’eau pour constituer leurs squelettes et coquilles à base de calcaire minéral, CaCO3 qui plus dense que l’eau, précipitent au fond de l’océan pour y sédimenter. Ce phénomène est la bio – calcification.
De plus l’océan recueille les carbonates issus de l’érosion des continents.
Ainsi, à force d’accumulation, ce carbonate de calcium va rejoindre la couche lithosphérique par la diagénèse de roches carbonatées. La conservation du carbone atmosphérique continue donc dans la lithosphère.
Dans les zones de subduction la plaque océanique plonge sous la plaque continentale. On observe alors le phénomène de fusion partielle des matériaux profonds lors duquel la croute océanique fond lorsqu’elle est sous la plaque continentale. Cela aboutit à la remontée de magma et à la libération de celui-ci à la surface lors d’éruptions volcaniques : des gaz carbonés (dioxyde de carbone et méthane) sont alors libérés dans l’atmosphère.
Un autre phénomène est à préciser. Dans le cas général, une photosynthèse accompagnée par l’assimilation de nitrate n’a pas d’influence sur le stock d’azote de l’océan. En revanche, grâce à la diazotrophie, certaines algues utilisent l’azote N2 dissout dans l’eau. Cela entraîne un gain net d’azote qui permet de mobiliser sous forme organique une plus grande quantité de carbone. La diazotrophie augmente donc à long terme l’efficacité de la pompe biologique de carbone.
L’océan occupe donc une place essentielle dans le cycle.
Capacité du cycle à s’autoréguler : l’homéostasie
La capacité du cycle du carbone à s’autoréguler provient des flux naturels existant entre les différents compartiments cités :
- 60 Gt de carbone qui sont échangés annuellement entre la végétation et l’atmosphère, la végétation utilisant le CO2 lors de la photosynthèse.
- 90 Gt sont échangées annuellement entre l’océan de surface et l’atmosphère, le CO2 atmosphérique étant là encore utilisé par le phytoplancton lors de la photosynthèse.
- 40 à 50 Gt sont échangées entre l’océan de surface et les eaux plus profondes (tests calcaires des animaux et diagenèse des roches carbonatées).
Par conséquent la sédimentation suivie de la fossilisation sont deux processus qui apportent l’essentiel du carbone à la lithosphère.
Le carbone est relâché lors des éruptions volcaniques et de la combustion des combustibles fossiles. D’autre part, l’altération des carbonates continentaux contribue au relargage du carbone dans l’océan via les cours d’eau.
Ainsi le CO2 de l’atmosphère est fixé par les autres compartiments et retourne dans l’atmosphère.
En fait le régulateur principal du cycle du carbone est le compartiment océanique qui minimise en grande partie les fluctuations de la pression partielle de carbone atmosphérique : c’est un service écosystémique. La pompe biologique de carbone par l’océan est un système complexe (photosynthèse, biocalcification, diazotrophie, respiration, sédimentation, etc.), qui, dans l’état présent de l’océan, sous le climat actuel, contribue à réduire l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère. Dans un climat modifié, le peuplement planctonique s’adaptera et un assemblage différent d’espèces mettra en oeuvre cette pompe biologique. Prévoir la tendance qui s’instaurera alors n’est pas facile. Le premier pas consiste à comprendre comment le climat et la circulation océanique qui en découle contrôlent le peuplement actuel.
