Une première oeuvre – Myriades

Sur la question de la migration, ma réponse conjointe :

 

Nous vivons une période trouble où au quotidien et de manière ordinaire, il n’y a de cesse d’opposer les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, les « jeunes » et les « vieux ». De les opposer facilement selon leur couleur de peau, leur religion, leur préférences, leur idées. Cela me blesse, cette opposition simpliste qui « court-circuite » le dialogue.

Alors que la diversité des destins, les drames qui bouleversent et créent la richesse humaine, la synergie universelle des cultures, je les vis tous les jours : c’est ce Cœur qui bat, en moi.

MYRIADES est la vision d’une Terre Promise, une nation de talents où chacun peut s’épanouir et nourrir l’édifice commun de sa générosité, de sa croyance absolue envers le bien être collectif et en fin de compte de ses rêves. C’est un Canada transcendé que l’on espère pour soi et encore plus pour ses enfants.

Cette pièce c’est l’envie de vivre ce rêve.

On pourrait alors croire que cet objet d’art, hymne à la diversité convergente, est consensuelle. Il n’en est rien, c’est une oeuvre de combat pacifiste : ardente par ses couleurs, fière par ses figures et franche par son regard. La diversité des tailles illustre le non calibrage et la liberté. La mobilité des différentes pièces exprime le caractère inachevé et fragile de ce combat continu. Elles sont aussi interchangeables car les grandes personnalités canadiennes :

Michael J Fox, acteur
James Cameron, réalisateur
Graham Bell, inventeur
David Suzuki, généticien écologiste Nellie McClung, féministe
Tommy Douglas, fondateur du système de santé canadien
Pierre Trudeau, 15e Premier ministre du Canada
Neil Young, artiste
Shania Twain, artiste
Sir Frederick Banting, prix Nobel de physiologie Lester B. Pearson, prix Nobel de la Paix ne valent pas plus que les nombreux anonymes dont ils sont au départ issus. Autant en emporte le vent, tous comme des feuilles d’érable, ils constellent une bannière vivante de destins fantastiques.

PF NAI

Interview de Sanele Dhlomo – Le Zimbabwe, le climat, ma vie en France

Nous rencontrons Sanele Dhlomo à l’exposition culturelle dans le cadre de la semaine africaine à l’Unesco. Il nous parle du Zimbabwe, de l’impact des changements climatiques sur la vie des gens et les différences culturelles vécues depuis qu’il travaille en France.
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Mon pays le Zimbabwé et ma vie en France… par Porteursdelanternes

1961-2012 : un petit pont méditerranéen

Mercredi 17 octobre 2012, l’Espace projets interassociatifs (EPI) organisa une commémoration en forme d’« Hommage à ceux qui s’engagent », en présence de ceux qui ont contribué à écrire cette page troublée de l’histoire de France, celle de la guerre d’Algérie. En toile de fond, le devoir de mémoire et la réconciliation entre les peuples. Reportage

Mercredi 17 octobre 2012. Il est midi. Said Kebbouche, directeur de l’Espace projets interassociatifs (EPI), prononce un discours devant le monument des droits de l’Homme de Vaulx-en-Velin (Rhône). « Il aura fallu du temps et la pugnacité de milliers de personnes pour sortir de l’ombre cette journée occultée par les politiques », lance-t-il le visage grave. Il y a cinquante et un ans, jour pour jour, à Paris, une grande marche pacifique, organisée par le Front de libération nationale (FLN) en faveur de l’indépendance de l’Algérie, était sévèrement réprimée par la police. Un massacre que l’Etat français peine encore à reconnaître et qui a coûté la vie à plusieurs centaines de personnes.

Passe aux jeunes

Ils ont pris des risques pour leur famille et leur carrière mais défendre une nation et un peuple, ça n’a pas de prix

Mous

Moustefa Boudina (à droite) relate un passé qui plonge l’assistance dans l’émotion présente

Dans l’assistance, quatre résistants sont venus d’Algérie pour l’occasion : Mostefa Boudina, un ancien condamné à mort à la guillotine à Lyon, Rachid Mekhloufi, Said Amara et Amar Rouai, trois anciens joueurs professionnels qui évoluaient en France et qui avaient fait le choix, à l’époque, de partir former l’équipe de football du FLN. Parmi ces gentilshommes du ballon rond, Rachid Mekhloufi est celui qui symbolise le plus la démarche citoyenne courageuse dont ils ont fait preuve. Militaire français, s’apprêtant à jouer la Coupe du monde 1958 avec l’équipe de France, il déserte pour rejoindre une équipe algérienne qui va faire entendre la cause de l’indépendance autour du monde. Des décennies se sont écoulés mais ces mousquetaires presqu’octogénaires semblent infatigables, surtout lorsqu’il s’agit de rester sur le terrain des luttes et de dribbler, par la même occasion, le marbre dans lequel on voudrait, à tord, les couler.

En visite dans des clubs de football de l’agglomération lyonnaise ou dans un séminaire à l’Université Lumière Lyon 2, leur discours est le même et embrasse aussi bien la guerre d’Algérie que le football : « Je suis un peu ému parce que c’est une classe, commence Rachid Mekhloufi avant de parler d’éducation populaire : Au contact de mes camarades, non seulement je gardais mes qualités de buteur mais je progressais dans le domaine de la vie. Il y a quelques années, je n’aurais pas pu discuter comme ça, décontracté. Le départ dans l’équipe du FLN nous a permis de développer nos connaissances de la vie, de la politique et des travailleurs. Tout ce qui concernait la vie de tous les jours, on l’a appris avec l’équipe du FLN ». Pour les représentants de cette génération qui n’a pas dépassé le certificat d’étude et a, bien souvent, appris la vie par des chemins détournés, l’éducation et l’école seront sur toutes les lèvres.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite transmettre à la jeunesse, Mostefa Boudina, aujourd’hui sénateur, répond : « D’abord l’optimisme, pour l’avenir mais aussi pour se débarrasser du mal qu’a connu notre génération, le mal colonial, pour que les générations actuelles et futures puissent établir des relations basées sur la vérité de l’histoire ». Le politicien poursuit : « L’amitié entre les peuples, ce ne sont pas les Etats seuls qui peuvent l’édifier. Mais plutôt les actions citoyennes. Les politiques, jusqu’à maintenant, ont plutôt été un obstacle à cette amitié ».

Un long travail de mémoire

Rachid Mekhloufi

Rachid Mekhloufi transmet sa sagesse à la jeunesse grâce à son rayonnement footbalistique

Même si la jeunesse s’est faite rare lors des différentes rencontres organisées par l’EPI, celles et ceux qui étaient là se sont montrés réceptifs aux récits de la délégation algérienne. En témoigne Yanis, 20 ans : « Ils ont pris des risques pour leur famille et leur carrière mais défendre une nation et un peuple, ça n’a pas de prix ». Pour Cécile, étudiante en communication, l’échange permet d’aller au-delà de l’Histoire avec un grand H : « J’ai été étudiante en licence d’histoire et j’ai étudié la guerre d’Algérie mais d’une façon très historique, sans témoignages. Là, on découvre qu’il y a des personnes qui ont œuvré pour le FLN à travers le sport. Cette démarche, on ne nous l’apprend pas ». Enfin Charlotte, dans la même classe, analyse : « On est dans notre petit monde, au risque d’oublier que cela pourrait revenir. Il faut donc en parler, encore et encore. Cela va être un long travail. On est trente dans le Master et six à être venus… »

Même constat du côté du sénateur Boudina, pour qui tout reste à faire : « Je pense qu’un débat autour de la vérité va faire réagir le sentiment humain, au moins pour commencer, le sentiment humain de la jeunesse afin qu’elle n’accepte pas les injustices ». Amar Rouai, 80 ans, garde la flamme intacte et réagit à la timide reconnaissance par l’Etat français du massacre du 17 octobre 1961 : « La haine est restée et elle restera encore : je ne suis pas très optimiste. Ce n’est pas au gouvernement mais au peuple français de dire : oui, il y a eu un génocide. Espérons que des gens sages, des Français démocrates sauront rendre justice au peuple algérien. C’est tout ce qu’on demande, la paix et la fraternité, pas seulement entre la France et l’Algérie mais dans le monde entier. »

Philippe F. Nai – Journaliste

Paru précédemment dans Altermondes

 Contact

Espace Projets Interassociatifs (EPI) – 13 Rue Auguste Renoir – 69120 Vaulx-en-Velin – http://espace-projets-interassociatifs.fr

Pour en savoir plus : un reportage réalisé sur l’hommage au 17 octobre 1961 organisé par l’epi

Circulez il y a tant à voir !

L’Organisation pour une Citoyenneté Universelle (O.C.U), fondée conjointement par Emmaüs International, France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand et le Mouvement Utopia, a organisé le 23 mai dernier la Journée Internationale « Citoyenneté universelle et liberté mondiale de circulation et d’installation des personnes ». Cet évènement a été l’occasion de lancer publiquement les activités de cette nouvelle organisation internationale. Plus de 400 personnes ont participé à cet évènement de dimension internationale, marqué par des débats de haut niveau mais aussi par des moments festifs et des intermèdes artistiques.


Jean Rousseau – Circuler pour faire humanité par Porteursdelanternes

Taslima Nasreen – Circuler pour être engagé par Porteursdelanternes

Adolpfo Kaminsky – L’humain passe avant le papier par Porteursdelanternes

Tiken Jah Fakoly – Circuler pour l’égalité des droits de migration par Porteursdelanternes

Des coopératives pour semer la démocratie locale

En revendiquant le principe « une personne, une voix », le mouvement coopératif propose une alternative démocratique au fonctionnement classique des acteurs économiques. Pour autant, il faudrait se garder de sombrer dans l’angélisme : faire vivre la démocratie dans une organisation est un processus complexe. Réflexion à partir de l’exemple des coopératives agricoles.

 « Ce qui est garant de l’expression de la diversité, c’est que la coopérative est un organisme vivant »

Né en Europe et en Amérique du Nord au XIXe siècle, le mouvement coopératif a connu un fort ancrage, notamment agricole, dans les pays du Sud à la fin du XXe siècle, en particulier en Amérique du Sud où il fut impulsé par le haut, « des luttes politiques avec l’arrivée des partis de gauche au pouvoir dans les années 60-70, comme le rappelle Christophe Alliot, conseiller stratégique de l’Alliance internationale des producteurs du commerce équitable. L’un de leurs premiers engagements était en effet d’engager une réforme agraire ». La dynamique fut prématurément mais provisoirement brisée par la vague de libéralisation qui, à partir des années 80, a fait chuter les prix des matières premières et entraîner la réduction des dépenses publiques. Les producteurs ne baissèrent pas les bras, refusant d’abandonner ce qu’ils avaient mis parfois vingt ans à construire, et réinvestirent le mouvement coopératif durant les années 90, en faisant un instrument d’émancipation politique, économique, culturel et social. « C’est ce sursaut qui est au cœur de la dynamique coopérative aujourd’hui en Amérique Latine, les coopératives sont plus petites par la taille mais plus forte », souligne Christophe Alliot, saluant la volonté des communautés de prendre en main leur destin en empruntant le chemin de la démocratie locale.

Un organisme vivant

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Si la démocratie interne est un gage de réussite pour une organisation a fortiori coopérative, la faire vivre n’est pas chose aisée et l’exercice du « un membre = une voix » devient vite une somme de défis permanents. « Le fonctionnement d’une organisation, y compris son fonctionnement démocratique, repose sur l’essai, sur l’erreur. Les producteurs tentent. Certaines expériences ne vont pas marcher, ils vont revenir en arrière, essayer autre chose. Ce sont des tensions permanentes, des contradictions à gérer », insiste Christophe Alliot. De fait, l’exercice de la démocratie se heurte à des questions culturelles, d’éducation, de liberté de parole, de droit à ne pas être d’accord, de droit de se mettre en groupe pour influencer… Une somme de difficultés auxquelles sont d’autant plus soumises les minorités.

« Dans les coopératives, les femmes ne sont pas forcément minoritaires en nombre. En revanche, elles le sont dans les organes de gouvernance, explique Betty Wampfler, chercheur et socio-économiste au Cirad (1). Quels que soient les milieux, elles finissent cependant par acquérir une capacité d’expression, une capacité d’affirmer leur présence et leur activité. Les bailleurs de fonds sont sensibles à cette question et mettent en place des outils de formation spécifiques pour appuyer leur prise de parole ». Souvent d’ailleurs, les femmes, à l’instar des minorités, ressentent le besoin de se regrouper pour se faire entendre, quitte à constituer leurs propres coopératives, strictement féminines. C’est l’une des conséquences d’un processus démocratique qui n’est pas abouti. Car la scission n’est pas une fin en soi : « Les minorités se rassemblent souvent en groupes homogènes pour faire reconnaître leur voix, que ce soit à l’intérieur d’une coopérative ou en dissidence. Mais, cela ne les empêchera pas d’intégrer cette coopérative, une fois que le changement culturel sera opéré, conclut Christophe Alliot. Ce qui est garant de l’expression de la diversité, c’est que la coopérative est un organisme vivant ».

La démocratie, une grande force

La culture est une composante forte qui favorise l’enracinement ou, au contraire, suscite des résistances à l’exercice de la démocratie au sein d’une coopérative. Dans les sociétés de type patriarcal, par exemple, tout ou presque reste à faire pour les jeunes. « Ils sont extrêmement minoritaires voire totalement absents des organes de gouvernance des coopératives en Afrique et en Asie. Dans la gestion sociale normale, un jeune ne peut pas avoir d’outils de production ou de vraie capacité de décision avant 40 ans. Le plus souvent il faut attendre la mort du chef de famille, s’inquiète Betty Wampfler avant de nuancer : Le fait que les jeunes partent en ville et reviennent au village contribue à l’érosion du pouvoir hiérarchique, une érosion renforcée par les radios communautaires et la télévision qui montre au jour le jour des sociétés très différentes ».

La hiérarchie sociale pose également le problème des leaders qui ne cèdent pas toujours facilement leur place. Là encore la démocratie fait son chemin. « Il y a aujourd’hui une contestation qui s’exprime dans les conseils d’administration mais aussi à la base des contestations par rapport au fait que cette règle ne soit pas observée ». Des contestations encouragées par des mécanismes comme les audits externes réalisés dans le domaine du commerce équitable.

Les difficultés pratiques pour le fonctionnement démocratique d’une coopérative sont nombreuses. Serge Marohavana, directeur de Fanohana, une coopérative agricole malgache de 228 membres, produisant notamment du litchi équitable, explique qu’il doit aussi surveiller scrupuleusement la bonne rétribution de chaque membre, composer avec la diversité de leur niveau scolaire et donc l’hétérogénéité dans leur capacité à transmettre des informations. Dans les coopératives plus importantes, la communication entre les membres relève d’un véritable exercice d’éducation populaire.

Mais même si garantir le fonctionnement démocratique d’une coopérative peut revêtir des allures de courses d’obstacles, les franchir reste le meilleur moyen de faire progresser la coopérative. « La démocratie est une grande force parce que vous avez un groupe soudé et impliqué qui va être aussi porteur d’un projet au niveau d’une région, ce qui est extrêmement puissant par rapport aux autorités locales. C’est la même chose qu’un bulletin de vote, un bulletin tout seul ne pèse pas lourd mais c’est différent quand vous en avez des milliers », conclut Christophe Roturier, directeur délégué de Max Havelaar France.

Par Philippe F. Nai – Journaliste

initialement publié dans Altermondes

Les déterritorialisations du vecteur

Autrefois un nuisible surtout considéré lors de vacances en zone tropicale, le moustique est aujourd’hui plus que d’actualité en France.

Conférence sur les moustiques tigre par… par Porteursdelanternes

Pour en savoir plus, je suis allé voir une des dernières cartographies de Frédérique Ferrer, la 3e pour être exact, intitulée les déterritorialisations du vecteur. Tout d’abord, il convient de préciser ce que sont les cartographies qui sont de petites conférences théâtrales sur des endroits du monde, nées de l’envie de l’auteur, géographe de formation, de raconter les espaces. Frédérique Ferrer parle de déterritorialisations car plus qu’une simple expansion du moustique, vecteur malheureux de maladies, il s’agit selon ses propres dires d’une décontextualisation du moustique tigre qui d’abord changea de cible, en passant du singe à l’homme ; puis d’habitat, en évoluant aujourd’hui en zones urbaines tempérées alors qu’il vivait auparavant dans les forêts tropicales. A travers cette conférence qui amène la géographie au théâtre, c’est sous un angle inédit que le public se voit conter, tambour battant, une épopée virevoltante entre Asie et Méditerranée qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin.  Bref, un spectacle à la fois divertissant et documenté qui vaut le détour !

Une espèce invasive

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Aedes albopictus – Bien qu’ayant déjà colonisé des îles du Pacifique et de l’Océan Indien au cours du 19e siècle, son extension s’est considérablement accélérée depuis la fin des années 1970.

« Le moustique a colonisé Perpignan », « La chasse au moustique », « Le moustique poursuit sa progression en France » ou encore « Le moustique aux porte de Paris » titre un article du Monde qui traduit notre inquiétude envers l’acteur détesté de la biodiversité qui nous revient dans sa version « tigre ». Non, ce n’est pas le coloris à la mode mais bien une sous-espèce Aedes albopictus qui nous provient d’Asie du Sud-Est et envahit inexorablement l’Europe par le sud. Débarqué en 2004 en France, il désormais considéré comme implanté et actif dans 17 départements, allant de l’arc méditerranéen à la Haute-Garonne, le Lot-et-Garonne, l’Isère, la Drôme, l’Ardèche et le Rhône. « On sait qu’il progresse et qu’il va continuer de progresser, il se déplace par petits foyers », ajoute Jean-Baptiste Ferré, entomologiste à l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID).

L’expansion en Europe est récente (Albanie en 1979, Italie en 1990, France en 1999, Belgique en 2000, Serbie et Monténégro en 2001, Espagne et Suisse en 2003, Croatie et Grèce en 2004, Bosnie-Herzégovine, Pays-Bas et Slovénie en 2005).

Un problème de santé publique

Plus coriace et piquant en plein jour, Aedes Albopictus est surtout redouté car le passeur malheureux de maladies tropicales infectieuses comme la dengue ou le chikungunya, jusqu’aujourd’hui incurables. Si ces maladies ne sont pas mortelles, elles peuvent être très douloureuses et invalidantes : le chikungunya, qui signifie « maladie de l’homme courbé », provoque de fortes fièvres accompagnées de douleurs articulaires et la dengue aussi appelé « petit paludisme » est également responsable de fièvres carabinées et peut évoluer vers une forme hémorragique. Les autorités sanitaires sont donc en alertes mais ne se veulent pas pour autant alarmistes : « le moustique n’est pas, en lui-même, porteur de ces virus. Il ne peut le transmettre que s’il a piqué, au préalable, une personne déjà infectée. Ce risque est lié à l’arrivée sur le territoire de personnes infectées de retour de voyages en provenance des zones tropicales ». Et de rappeler que pour réduire de 80% sa présence, il « suffisait » de supprimer les eaux stagnantes, nécessaires, à leur reproduction. En 2006, année de la grande épidémie de chikungunya à La Réunion, 780 cas avaient été recensés en France métropolitaine. Et, pour la première fois en 2010, des cas dits « autochtones » – contractés localement – avaient été observés dans le Var.

Une expansion favorisée par l’homme notamment via les changements climatiques

Situation en 2011 – Deux phénomènes sont à l’origine de cette extension mondiale : la biologie de l’espèce et le commerce international. Un troisième va l’accélérer selon de nombreuses études qui prévoient sa dissémination dans l’Europe entière : le réchauffement climatique ! source : moustiquesolutions.com

Lui-même peu mobile, le moustique évolue dans un périmètre de quelques centaines de mètres. En revanche, il se déplace sur des centaines de kilomètres grâce aux voitures et aux transports de marchandises. On le retrouve sur des aires d’autoroute, alors qu’il a emprunté une voiture ou un camion. C’est par l’intermédiaire du tunnel du Fréjus qu’il est arrivé jusqu’en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas depuis l’Italie. Des scientifiques prédisent même sa progression jusqu’aux pays Nordiques, aidés par le trafic mais aussi par le changement climatique, avec des températures plus humides et plus chaudes qui lui sont favorables.

Chapitre 35 : "C’est pour nous"

Ecologie – Africanité – Sociétés

Chassé-croisé avec le Ministre de l’environnement sénégalais qui arrive pour une réunion à l’heure où nous partons pour la France. Nous quittons le sol africain.

Eclairer des pistes

Quelle est la portée d’un texte fusse t’il lu par des milliers de personnes. Quelle est la portée d’un film fusse t’il vu par autant de spectateurs? Quelle en est l’effectivité, non pas celle qui conduit à l’action sans réflexion mais à l’initiative réfléchie?

Avoir eu l’opportunité de rencontrer des personnes dont les attitudes, plus que le discours même ont trouvé échos en moi, me fait penser qu’il est des étincelles qui ne se transmettent que par contact et j’y travaillerai quand vous m’aurez en face de vous.

Ceci dit « introduction, développement, conclusion », c’est ce qu’on nous apprend à l’école public. Alors voici un bilan symbolique et provisoire, aussi conclusif qu’une borne kilométrique. J’ai trouvé beaucoup de réponses à mes questions mais elles ne me sont réponses qu’à travers ce que j’ai vécu et ce que j’étais alors. Cependant peut être les quelques chapitres écrits précédemment et les lignes qui suivent pourront contribuer à éclairer des pistes dont vous portez la destination.

Je me souviens d’une discussion avec une jeune personne, de ces âges où la révolte surexpose les nuances. Elle me disait que c’était la nature humaine de ne vouloir partager, de profiter de l’autre. Il est vrai qu’une partie du monde évolue dans des générosités arithmétiques et que c’est parfois trop bien ancré en nous ; cette culture du ‘donnant-donnant’.

Liberté

Cependant, au Sénégal littéraire, la solidarité a survécu par la culture de la générosité : une langue vivante traduite en gestes quotidiens. Le plus pauvre des Sénégalais est capable de se priver pour partager. Plus encore, l’attention portée à l’autre est constante et rend la société souple : résiliente aux fractures sociales.

Le résultat en est un environnement où l’air est empreint de liberté, libre du carcan des devoirs règlementés, où l’existence d’un être n’est pas circonscrit aux pipelines d’un hypermarché grandeur nature, votre coeur, pas pris dans un étau :  où vivre n’est pas obligatoirement une case limitée dans l’espace et dans le temps. Les sénégalais, à travers le maintien de leur traditions et leurs capacités plurielles à respecter l’Autre, m’ont rappelé que la Nature humaine était aussi capable du meilleur.

L’autre Nature évolue selon des règles scientifiques aveugles au bien être humain, celui-ci n’a aucune garantie de survivre, tout simplement que l’environnement est insensible aux lettres de motivation dont nous sommes aujourd’hui spécialistes. « Travailler, encore travailler, toujours travailler », certains ne le font que pour leur personne, d’autres sont capables de voir au delà. Qu’importe ! après tout rien ne sera possible sans la persévérance dans l’effort.

Africanité

On dit souvent que l’avenir du monde est en Afrique… Je crois qu’elle est en tout cas potentiellement terre d’alternatives et territoire du possible. Elle nous rappelle, elle m’a rappelé que la terre est ronde, à une époque où certains vivent comme si elle était encore plate car véhicules, électroniques, vêtements usagés, déchets s’ils disparaissent de chez nous, se retrouvent à cette jonction du monde où les coupures d’électricité, malgré leurs effets néfastes remettent les pendules à l’heure et l’homme face à sa propre humilité.

L’Afrique peut se construire à la lumière de nos erreurs et éclairer des pistes inconnues à celui qui penserait tout savoir. C’est avec certitude bien que seulement riche de la modeste expérience qui nous a permis d’effleurer une culture, que je soutiens avec la conviction la plus sincère que l’Afrique est gardienne d’une partition indispensable à l’équilibre de la planète.

Indépendance

Concernant l’environnement elle a le terreau des réussites en la matière : la culture, qu’il faudra savoir préserver de la certaine érosion face à certains modèles.

Cette africanité est inspiratrice à l’imagination morale qui nous est indispensable si nous voulons garder une chance d’évoluer riche d’un patrimoine à la fois ancien et profondément humain. Il y a 50 ans, 14 nations se sont proclamées indépendantes de leurs colonisateurs, parmi d’autres elles devront aussi apprendre à être indépendantes des regards.

Fraternité

Ceci dit, avant de penser à l’équilibre de notre planète, je pense qu’il faudrait déjà travailler à notre propre équilibre. Celui qui mène à du temps de cerveau disponible, ce qui est nécessaire car comment pourrait-on déplacer les meubles de nos mentalités si n’y a pas d’espace?

Combien de temps avons-nous à consacrer à nos proches? Avant de parler de planète, quelles sont les relations que nous entretenons avec nos parents, nos frères, nos soeurs, nos amis, ceux qui, de façon unanime et universelle, nous nous accordons à dire qu’il faut les chérir en leur accordant du temps? Quel est notre rapport à l’autre : individualisme ou fraternité? Pour le reste, je n’ai à transmettre qu’un message : Venez voir l’Afrique de vos propres yeux.

En francais quand on dit merci, on nous répond « de rien » ; en anglais on vous répondra : you’re welcome qu’on pourrait traduire par « vous êtes le bienvenu ». Au Sénégal, on dit ñokobok, cela veut dire « c’est pour nous ».

par Philippe F. NAI

Le paradoxe de l’abondance

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NIGERIA. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) vient de rendre public un rapport dénonçant le désastre écologique et sanitaire provoqué par l’exploitation du pétrole dans le delta du fleuve Niger. Entretien avec Celestine Akpobari de l’Ogoni civil society platform (OSCP).

« Il est temps que le pétrole devienne réellement une ressource pour le Nigeria »

L’exploitation du pétrole est-elle réellement une chance pour le Nigeria ?
Celestine Akpobari : Je pense que le pétrole peut être une bénédiction, quand il y a un bénéfice mutuel entre les compagnies pétrolières et les populations des pays où on découvre cette ressource. Mais en Afrique, il provoque surtout des guerres. Au pays Ogoni d’où je viens, le pétrole était sous nos fermes en grande quantité. A partir des années 50, et jusqu’à ce qu’on parvienne à arrêter Shell, en 1993, l’exploitation s’est faite de manière aveugle, sans prendre garde aux conséquences sur l’environnement. Avant que les compagnies pétrolières ne viennent, le pays Ogoni était un « panier de fruits ». Trente ans plus tard, les rivières sont polluées et les terres agricoles dévastées. C’est une expérience traumatisante pour les populations. Les compagnies pétrolières se permettent même de venir accompagnées de militaires pour annexer les terres, sans dédommagements. Les familles se retrouvent alors démunies. La pauvreté, l’illettrisme, la famine s’installent. C’est du vol ! On prend ce qui appartient aux gens sans leur redistribuer les bénéfices.

Où va l’argent de la manne pétrolière ?
C.A. : Les taxes prélevées sur les gros profits de Shell atterrissent sur des comptes en Suisse détenus par les politiciens nigérians qui, ensuite, les investissent dans la construction de raffineries au Sénégal, alors même qu’il n’y a pas de raffineries au Nigeria. Autrement dit, notre pays envoie du pétrole brut dans un pays qui ne dispose pas de pétrole pour qu’il soit raffiné et ensuite il le rachète à prix fort, au lieu de construire ses propres raffineries. Le Nigeria importe le pétrole raffiné à prix d’or. C’est un cercle vicieux qui profite aux politiciens corrompus et empêche le développement du pays. La corruption est à la base de tout. Des gens se font beaucoup d’argent à importer de l’essence au Nigeria, c’est un grand business. Donc la clé est d’avoir des raffineries locales. Ce serait le début de notre développement.

Comment l’Ogoni civil society platform (OSCP) se mobilise-t-elle contre cette situation ?
C.A. : Le pétrole nous a été volé il y a cinquante ans et nous sommes désormais confrontés à de sérieux problèmes environnementaux. Il est temps que le pétrole devienne réellement une ressource pour le Nigeria. Nous étudions donc combien d’argent rapporte le commerce du pétrole et nous nous battons pour plus de transparence dans la gestion de ces revenus. Si nous parvenons à obtenir plus de transparence, l’argent du pétrole arrivera jusqu’aux populations. Pour ce faire, nous essayons d’organiser des actions civiques non violentes. Nous sommes en effet face à un régime dictatorial, tant au niveau local que national, qui menace les droits humains. Nous voulons rester pacifiques pour ne pas donner au gouvernement l’opportunité de nous réprimer. Nous avons déjà perdu beaucoup de gens. Nous ne voulons pas en perdre plus. En ce moment par exemple, nous nous occupons du problème des terres arables qui sont annexées par l’Etat. Nous avons aussi, avec le soutien d’Amnesty international, empêché l’expulsion d’habitants des bidonvilles. Nous obtenons certaines victoires. Le gouvernement nous combat mais il n’est ni sourd, ni aveugle.

Que peut changer le récent rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ?
C.A. : Ce rapport auquel j’ai participé est une bonne chose car il officialise le fait que l’environnement est pollué par les activités des compagnies pétrolières. S’il n’y avait pas eu ce rapport, le gouvernement serait en ce moment même en train de mettre sur pied de nouveaux plans d’exploitation sur les terres Ogoni. Il y travaillait au moment de la publication. Le rapport est tombé à pic, il a mis une pression morale sur le gouvernement et sur Shell.

Propos recueillis par Philippe F. Nai – Journaliste

Puits / A lire [+ Picto couv]
Nigeria : le fléau de l’or noir, Amnesty international, 2009

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