Archive pour la catégorie ‘Agriculture’

Des coopératives pour semer la démocratie locale

En revendiquant le principe « une personne, une voix », le mouvement coopératif propose une alternative démocratique au fonctionnement classique des acteurs économiques. Pour autant, il faudrait se garder de sombrer dans l’angélisme : faire vivre la démocratie dans une organisation est un processus complexe. Réflexion à partir de l’exemple des coopératives agricoles.

 « Ce qui est garant de l’expression de la diversité, c’est que la coopérative est un organisme vivant »

Né en Europe et en Amérique du Nord au XIXe siècle, le mouvement coopératif a connu un fort ancrage, notamment agricole, dans les pays du Sud à la fin du XXe siècle, en particulier en Amérique du Sud où il fut impulsé par le haut, « des luttes politiques avec l’arrivée des partis de gauche au pouvoir dans les années 60-70, comme le rappelle Christophe Alliot, conseiller stratégique de l’Alliance internationale des producteurs du commerce équitable. L’un de leurs premiers engagements était en effet d’engager une réforme agraire ». La dynamique fut prématurément mais provisoirement brisée par la vague de libéralisation qui, à partir des années 80, a fait chuter les prix des matières premières et entraîner la réduction des dépenses publiques. Les producteurs ne baissèrent pas les bras, refusant d’abandonner ce qu’ils avaient mis parfois vingt ans à construire, et réinvestirent le mouvement coopératif durant les années 90, en faisant un instrument d’émancipation politique, économique, culturel et social. « C’est ce sursaut qui est au cœur de la dynamique coopérative aujourd’hui en Amérique Latine, les coopératives sont plus petites par la taille mais plus forte », souligne Christophe Alliot, saluant la volonté des communautés de prendre en main leur destin en empruntant le chemin de la démocratie locale.

Un organisme vivant

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Si la démocratie interne est un gage de réussite pour une organisation a fortiori coopérative, la faire vivre n’est pas chose aisée et l’exercice du « un membre = une voix » devient vite une somme de défis permanents. « Le fonctionnement d’une organisation, y compris son fonctionnement démocratique, repose sur l’essai, sur l’erreur. Les producteurs tentent. Certaines expériences ne vont pas marcher, ils vont revenir en arrière, essayer autre chose. Ce sont des tensions permanentes, des contradictions à gérer », insiste Christophe Alliot. De fait, l’exercice de la démocratie se heurte à des questions culturelles, d’éducation, de liberté de parole, de droit à ne pas être d’accord, de droit de se mettre en groupe pour influencer… Une somme de difficultés auxquelles sont d’autant plus soumises les minorités.

« Dans les coopératives, les femmes ne sont pas forcément minoritaires en nombre. En revanche, elles le sont dans les organes de gouvernance, explique Betty Wampfler, chercheur et socio-économiste au Cirad (1). Quels que soient les milieux, elles finissent cependant par acquérir une capacité d’expression, une capacité d’affirmer leur présence et leur activité. Les bailleurs de fonds sont sensibles à cette question et mettent en place des outils de formation spécifiques pour appuyer leur prise de parole ». Souvent d’ailleurs, les femmes, à l’instar des minorités, ressentent le besoin de se regrouper pour se faire entendre, quitte à constituer leurs propres coopératives, strictement féminines. C’est l’une des conséquences d’un processus démocratique qui n’est pas abouti. Car la scission n’est pas une fin en soi : « Les minorités se rassemblent souvent en groupes homogènes pour faire reconnaître leur voix, que ce soit à l’intérieur d’une coopérative ou en dissidence. Mais, cela ne les empêchera pas d’intégrer cette coopérative, une fois que le changement culturel sera opéré, conclut Christophe Alliot. Ce qui est garant de l’expression de la diversité, c’est que la coopérative est un organisme vivant ».

La démocratie, une grande force

La culture est une composante forte qui favorise l’enracinement ou, au contraire, suscite des résistances à l’exercice de la démocratie au sein d’une coopérative. Dans les sociétés de type patriarcal, par exemple, tout ou presque reste à faire pour les jeunes. « Ils sont extrêmement minoritaires voire totalement absents des organes de gouvernance des coopératives en Afrique et en Asie. Dans la gestion sociale normale, un jeune ne peut pas avoir d’outils de production ou de vraie capacité de décision avant 40 ans. Le plus souvent il faut attendre la mort du chef de famille, s’inquiète Betty Wampfler avant de nuancer : Le fait que les jeunes partent en ville et reviennent au village contribue à l’érosion du pouvoir hiérarchique, une érosion renforcée par les radios communautaires et la télévision qui montre au jour le jour des sociétés très différentes ».

La hiérarchie sociale pose également le problème des leaders qui ne cèdent pas toujours facilement leur place. Là encore la démocratie fait son chemin. « Il y a aujourd’hui une contestation qui s’exprime dans les conseils d’administration mais aussi à la base des contestations par rapport au fait que cette règle ne soit pas observée ». Des contestations encouragées par des mécanismes comme les audits externes réalisés dans le domaine du commerce équitable.

Les difficultés pratiques pour le fonctionnement démocratique d’une coopérative sont nombreuses. Serge Marohavana, directeur de Fanohana, une coopérative agricole malgache de 228 membres, produisant notamment du litchi équitable, explique qu’il doit aussi surveiller scrupuleusement la bonne rétribution de chaque membre, composer avec la diversité de leur niveau scolaire et donc l’hétérogénéité dans leur capacité à transmettre des informations. Dans les coopératives plus importantes, la communication entre les membres relève d’un véritable exercice d’éducation populaire.

Mais même si garantir le fonctionnement démocratique d’une coopérative peut revêtir des allures de courses d’obstacles, les franchir reste le meilleur moyen de faire progresser la coopérative. « La démocratie est une grande force parce que vous avez un groupe soudé et impliqué qui va être aussi porteur d’un projet au niveau d’une région, ce qui est extrêmement puissant par rapport aux autorités locales. C’est la même chose qu’un bulletin de vote, un bulletin tout seul ne pèse pas lourd mais c’est différent quand vous en avez des milliers », conclut Christophe Roturier, directeur délégué de Max Havelaar France.

Par Philippe F. Nai – Journaliste

initialement publié dans Altermondes

Améliorer le sol via les vers de terre

DispersionVoilà qui pourrait faire un bon titre de film. Dans l’article qui suit, je vais parler de recherches auxquels j’ai participé lorsque j’étais étudiant. On commence par le contexte.

1. IMPORTANCE DU SOL

Le sol est une interface majeure de la planète : relation avec l’eau (pluie, nappe souterraine), échanges gazeux avec l’atmosphère, relation avec la biosphère (faune et flore).

Il est à l’origine de la production primaire et donc des principales chaînes trophiques (= chaîne alimentaire) terrestres. C’est un système interactif au sein duquel les compartiments physiques, chimiques et biologiques sont en étroites relations et qui fournit de nombreux services écosystémiques à la société :

  • nourriture
  • qualité des eaux
  • régulation du climat par la séquestration du carbone
  • contrôle de pathogènes (maladies) notamment via le maintien de la biodiversité.

L’état structural du sol, le recyclage de la matière organique influent sur les peuplements lombriciens (des vers de terre) et inversement : on parle d’interaction.

On ne peut comprendre le sol et ses processus sans étudier les vers de terre et leur dynamique.

2. AGRICULTURE ET VERS DE TERRE

L’utilisation de vers en agriculture est encore peu répandue même si certaines méthodes s’avèrent efficaces. Elles présentent l’avantage de permettre une intensification qui ne se fait pas au détriment de l’environnement : une gestion durable de l’activité agricole, ce qui représente un enjeu important pour l’avenir. Cependant, ces méthodes ont besoin d’être optimisées pour être économiquement viables. En effet, stabiliser une population de vers dans un champ n’est pas évident du fait que les individus peuvent migrer vers les parcelles voisines. De même il serait intéressant de pouvoir attirer les vers du voisinage direct des parcelles cibles.

Pour répondre à ces questions il est nécessaire de comprendre les mouvements des vers de terre et plus précisément leur dispersion : c’est un travail d’ingénierie écologique.

Dans cette étude, nous avons voulons savoir si la dispersion des vers était liée à des facteurs environnementaux tels que la qualité du sol, la densité, la compétition avec une autre espèce, et enfin la présence de litière.

3. RESULTATS

Après plusieurs expérience en mésocosmes avec différents vers européens. Nous avons trouvé que :

Les vers choisissaient leur habitat

  • la dispersion des vers pouvait être induite par un changement des propriétés du milieu
  • la dispersion pouvait être induite par une densité locale élevée
  • la couverture du sol joue un rôle sur la distribution des vers
  • L’apport de ces résultats pour les techniques d’agriculture basé sur les vers est discuté.

Les résultats de ce travail de première approche ont intégré une étude de plus grande envergure mené par Jérôme Matthieu dont vous pourrez trouver le résumé ici.

Philippe F. NAI (sous la direction de Jérôme Matthieu).

Le sol, une ressource épuisable.

Des terres arables aussi rares que l’eau…

Parallèlement à l’augmentation de la population mondiale, les ressources naturelles comme  la nourriture, l’eau douce, les terres arables, l’énergie et la biodiversité  diminuent. Sur une surface totale de 13 milliards d’hectares de terre sur la planète, les terres cultivables n’en représentent que 11% fournissant 99,7% de la nourriture (FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations).

Les conséquences

Le déclin de la surface cultivable par personne est aggravé par la dégradation des sols. D’après une étude de l’International Food Policy Research Institute, on estime que 10 millions d’hectares de terres cultivables sont abandonnés chaque année dans le monde à cause de l’érosion des sols, soit 1,3% de ces terre. La majeure partie de la surface additionnelle nécessaire pour remplacer ces pertes annuelles vient des zones forestières. Le besoin urgent d’accroître la production agricole est responsable de plus de 60% de la déforestation massive à travers le monde. Ainsi, selon la FAO, 15 millions d’hectares de forêts tropicales (la superficie de la Tunisie) sont détruits chaque année. Or on sait que les forêts tropicales renferment environ 50 % des espèces vivantes.

Une ressource épuisable

Le Dust Bowls : Conséquence de l'érosion

Enfin les pertes dues à l’érosion sont graves dans la mesure où le renouvellement de la couche arable est extrêmement lent : il faut environ 500 ans pour qu’une couche de 2,5 centimètres de terre arable se renouvelle pour répondre aux exigences agricoles. Or une ressource naturelle est qualifiée de non renouvelable ou épuisable lorsque le temps nécessaire à sa création dépasse largement le temps d’une vie humaine.  Le sol est l’épiderme d’une terre vivante, pour la préserver, il convient de développer une agriculture moins intensive et écologiquement plus productive.

Lutter contre l’érosion des sols est devenu aujourd’hui un défi majeur de notre siècle.

Philippe F. NAI

Vous êtes Wwoof?

 

Le wwoof qu’est ce que c’est?

Wwoof veut dire World Wide Opportunities on Organic Farms. On peut dire wwoof ou wwoofing, cela reste un réseau mondial auquel on s’inscrit pour avoir une liste de fermes, biologiques à la base. Le principe est de travailler dans une de ces fermes et en échange on est nourri et logé.

Une expérience…

L’expérience wwoof est avant tout une expérience où les notions d’échanges et de partage sont vraiment très centrales. Pour notre part, nous avons été accueillis chaleureusement par Sandy, le chef de la famille Zarek qui nous recevait en Slovénie. Je commençais à rouiller et un peu d’exercice physique allait me faire le plus grand bien. Et là du coup, on s’est reconnecté avec la nature : se lever avec le soleil, vivre avec les vivants, dormir avec les dormants dans la forêt de Slovénie, se reposer un peu l’esprit… Mon programme : charger la remorque, décharger la remorque près des cultures, couper l’herbe pour faire du foin, couper du bois pour le feu.

Un échange et une reconnexion avec la nature

L’agriculture biologique requiert beaucoup de travail comme l’arrachage des mauvaises herbes, indispensable quand on se passe d’herbicides. Mais ce que le wwoof permet surtout, c’est de transformer ce travail en échange humain. Pendant que je coupais l’herbe ou que je chargeais la remorque, Sandy était toujours là, prêt à me montrer comment faire, mais aussi à discuter. Cependant discuter pendant qu’on effectue la même tâche, c’est différent et puis, le travail manuel repose l’esprit, on vit alors au rythme de nos mains, de nos jambes et rien d’autre.

Imaginer l’avenir en s’inspirant du le passé

L’écologie n’était pas un retour en arrière.  Le wwoof ou le volontariat, nous ramène à des notions d’hospitalité, de partage, des valeurs en somme très anciennes. L’éco-construction renoue avec certaine des méthodes de conservation de la chaleur datant de l’antiquité : les grecs construisaient des maisons dont les murs épais enduit de chaux garantissait une température idéale toute l’année. La biodiversité, elle, est un patrimoine, un héritage très ancien…

Pour envisager l’avenir il faut se connecter au passé.

Progrès et bonheur

L’homme a inventé plein d’outils permettant de lui faciliter la vie. Pourtant aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ont à peine le temps de vivre. L’économie nous a t’elle réduit à des forçats du travail, des forçats de la consommation? L’écologie en tout cas, par définition est lié au rythme et au fonctionnement de la nature, pas de négociation possible.

Revenons au bio, qu’en penser?

Je ne pourrais jamais dire à quelqu’un de consommer bio. Tout simplement parce que c’est cher. Hier, j’étais à la caisse d’une grande surface et un couple de retraités étonné du prix d’un concombre bio (1€), ont décidé de sans passer : le fait qu’il soit bio ne les a pas assez convaincu, pour 1€ on peut avoir 3 concombres issus de l’agriculture conventionnelle! En outre les légumes parce qu’ils sont bio n’ont pas forcément un meilleur goût.

Le prix, ne réserverait t’il pas le bio à une certaine classe de la population?

Pas forcément, c’est aussi une question de choix de vie. Mais si c’était le cas, il est à noté que ce sont toujours les classes les plus élevées qui dessinent les standards de société de demain. Alors espérons que petit à petit, le bio soit plus abordable.

Alors où est le bénéfice?

Il est de réduire notre empreinte sur l’environnement et sur nous même. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a estimé qu’il y a chaque année dans le monde 1 million de graves empoisonnements par les pesticides, avec quelque 220 000 décès (1989). Sans aller jusque là, il est légitime de se demander quel impact peut avoir sur notre santé la consommation à long terme, d’aliments exposés aux herbicides, aux pesticides. Surtout que du point de vue de la biodiversité ce sont surtout les espèces en sommets de chaîne qui sont touchées.

Il y a une réelle nécessité de développer une agriculture moins intensive et plus écologiquement productive.

L’érosion des sols de culture

Un autre problème, peu connu et sur lequel j’ai travaillé à l’INRA est l’érosion des sols. Peu connu car cela sort des clichés sur l’écologie. Voir le dossier sur l’érosion des sols.

Pour en savoir plus :

Le site officiel du Wwoof

Le site officiel du Wwoof

capture wwoof france

Wwoof France

Philippe F. NAI

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