Archive pour la catégorie ‘Climat’

Interview de Sanele Dhlomo – Le Zimbabwe, le climat, ma vie en France

Nous rencontrons Sanele Dhlomo à l’exposition culturelle dans le cadre de la semaine africaine à l’Unesco. Il nous parle du Zimbabwe, de l’impact des changements climatiques sur la vie des gens et les différences culturelles vécues depuis qu’il travaille en France.
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Mon pays le Zimbabwé et ma vie en France… par Porteursdelanternes

Les déterritorialisations du vecteur

Autrefois un nuisible surtout considéré lors de vacances en zone tropicale, le moustique est aujourd’hui plus que d’actualité en France.

Conférence sur les moustiques tigre par… par Porteursdelanternes

Pour en savoir plus, je suis allé voir une des dernières cartographies de Frédérique Ferrer, la 3e pour être exact, intitulée les déterritorialisations du vecteur. Tout d’abord, il convient de préciser ce que sont les cartographies qui sont de petites conférences théâtrales sur des endroits du monde, nées de l’envie de l’auteur, géographe de formation, de raconter les espaces. Frédérique Ferrer parle de déterritorialisations car plus qu’une simple expansion du moustique, vecteur malheureux de maladies, il s’agit selon ses propres dires d’une décontextualisation du moustique tigre qui d’abord changea de cible, en passant du singe à l’homme ; puis d’habitat, en évoluant aujourd’hui en zones urbaines tempérées alors qu’il vivait auparavant dans les forêts tropicales. A travers cette conférence qui amène la géographie au théâtre, c’est sous un angle inédit que le public se voit conter, tambour battant, une épopée virevoltante entre Asie et Méditerranée qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin.  Bref, un spectacle à la fois divertissant et documenté qui vaut le détour !

Une espèce invasive

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Aedes albopictus – Bien qu’ayant déjà colonisé des îles du Pacifique et de l’Océan Indien au cours du 19e siècle, son extension s’est considérablement accélérée depuis la fin des années 1970.

« Le moustique a colonisé Perpignan », « La chasse au moustique », « Le moustique poursuit sa progression en France » ou encore « Le moustique aux porte de Paris » titre un article du Monde qui traduit notre inquiétude envers l’acteur détesté de la biodiversité qui nous revient dans sa version « tigre ». Non, ce n’est pas le coloris à la mode mais bien une sous-espèce Aedes albopictus qui nous provient d’Asie du Sud-Est et envahit inexorablement l’Europe par le sud. Débarqué en 2004 en France, il désormais considéré comme implanté et actif dans 17 départements, allant de l’arc méditerranéen à la Haute-Garonne, le Lot-et-Garonne, l’Isère, la Drôme, l’Ardèche et le Rhône. « On sait qu’il progresse et qu’il va continuer de progresser, il se déplace par petits foyers », ajoute Jean-Baptiste Ferré, entomologiste à l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID).

L’expansion en Europe est récente (Albanie en 1979, Italie en 1990, France en 1999, Belgique en 2000, Serbie et Monténégro en 2001, Espagne et Suisse en 2003, Croatie et Grèce en 2004, Bosnie-Herzégovine, Pays-Bas et Slovénie en 2005).

Un problème de santé publique

Plus coriace et piquant en plein jour, Aedes Albopictus est surtout redouté car le passeur malheureux de maladies tropicales infectieuses comme la dengue ou le chikungunya, jusqu’aujourd’hui incurables. Si ces maladies ne sont pas mortelles, elles peuvent être très douloureuses et invalidantes : le chikungunya, qui signifie « maladie de l’homme courbé », provoque de fortes fièvres accompagnées de douleurs articulaires et la dengue aussi appelé « petit paludisme » est également responsable de fièvres carabinées et peut évoluer vers une forme hémorragique. Les autorités sanitaires sont donc en alertes mais ne se veulent pas pour autant alarmistes : « le moustique n’est pas, en lui-même, porteur de ces virus. Il ne peut le transmettre que s’il a piqué, au préalable, une personne déjà infectée. Ce risque est lié à l’arrivée sur le territoire de personnes infectées de retour de voyages en provenance des zones tropicales ». Et de rappeler que pour réduire de 80% sa présence, il « suffisait » de supprimer les eaux stagnantes, nécessaires, à leur reproduction. En 2006, année de la grande épidémie de chikungunya à La Réunion, 780 cas avaient été recensés en France métropolitaine. Et, pour la première fois en 2010, des cas dits « autochtones » – contractés localement – avaient été observés dans le Var.

Une expansion favorisée par l’homme notamment via les changements climatiques

Situation en 2011 – Deux phénomènes sont à l’origine de cette extension mondiale : la biologie de l’espèce et le commerce international. Un troisième va l’accélérer selon de nombreuses études qui prévoient sa dissémination dans l’Europe entière : le réchauffement climatique ! source : moustiquesolutions.com

Lui-même peu mobile, le moustique évolue dans un périmètre de quelques centaines de mètres. En revanche, il se déplace sur des centaines de kilomètres grâce aux voitures et aux transports de marchandises. On le retrouve sur des aires d’autoroute, alors qu’il a emprunté une voiture ou un camion. C’est par l’intermédiaire du tunnel du Fréjus qu’il est arrivé jusqu’en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas depuis l’Italie. Des scientifiques prédisent même sa progression jusqu’aux pays Nordiques, aidés par le trafic mais aussi par le changement climatique, avec des températures plus humides et plus chaudes qui lui sont favorables.

De la biodiversité à Biarritz et ses environs

Ci dessus : Pottok en liberté au Pays basque

Mon récent séjour biarrot m’a permis d’enquêter sur la biodiversité de la ville basque et de ses environs. Voici donc un petit aperçu.

Biarritz est une ville du littoral et possèdent la richesse des écosystèmes d’interface entre continent et océan. Elle regroupe ainsi des variétés du golfe de Gascogne et de l’Europe entière. Bien que le territoire ne possède pas d’espèces endémiques à proprement parler, on peut parler d’espèces patrimoniales comme le pottok (ci-dessus) qui a un ancrage culturel fort. La musique basque a par exemple imité le galop du pottok à travers le txalaparta (prononcé tchalaparta). Avec des pilons en bois, le musicien frappe des planches (châtaignier, hêtre, merisier…) : le son produit s’apparente à celui des sabots martelant la terre.

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Oiseau du lac Mouriscot

Biarritz à ce jour compte deux zones Natura 2000* : le lac Mouriscot protégé au titre de la Directive Habitat et les rochers de Bouccalot et de la Roche Ronde qui ont un zonage de protection au titre de la Directive Oiseaux.

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Une pipistrelle de Kuhl juvénile

Le lac Mouriscot s’étend sur 100 ha et comprend le lac lui-même, ses zones humides, les zones boisées et les prairies, soit une toposéquence favorable avec de la nourriture abondante pour les espèces venues y élire domicile. On y retrouve des mammifères tels que le chevreuil, le blaireau, le renard, le vison d’Europe mais aussi toute une avifaune : héron cendré, pivert, aigrette, sarcelle, martin pêcheur.

Ainsi on y retrouve des marais indispensable à la nidification d’espèces parmi lesquelles des chauve-souris parfois très rares comme le vespertilion à oreilles échancrées, la pipistrelle commune, de kuhl et pygmée. Le lac abrite aussi des reptiles et batraciens très rares tel l’alyte accoucheur, la grenouille agile, la rainette méridionale, le lézard des murailles mais aussi la cistude d’Europe, une espèce de tortue menacée par la fameuse tortue de Floride que les gens abandonnent dans la nature.

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Un alyte accoucheur

Le territoire abrite aussi 3 ZNIEFF (zone d’intérêt écologique floristique et faunistique) et 250 ha de littoral biarrot classés ZICO (zone d’importance pour la conservation des oiseaux). Une trame verte et bleue est aussi mise en place pour relier les « réservoirs de biodiversité » (même si je n’aime pas ce terme) avec des corridors écologiques. C’est un plan d’urbanisme qui permet de lutter contre la fragmentation des habitats naturels et en quelque sorte d’insérer une continuité de successions écosystémiques cohérentes dans l’espoir de favoriser le maintien de la biodiversité.

On peut aussi évoquer le lac Marion, qui bien que non classé, constitue un refuge en milieu urbain pour une cinquantaine d’espèces d’oiseaux sédentaires mais aussi des oies de bernache qui s’y reposent l’hiver avant de migrer.

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Le globicéphale noir


La région compte beaucoup d’espèces marines dont un quart de la biodiversité des cétacés : le grand dauphin, le globicéphale noir, le cachalot et la proximité du gouf de Capbreton est propice à certaines espèces de baleines. Cependant, du fait du réchauffement climatique, on observe une perturbation des communautés avec par exemple moins d’orques et de pingouins, les dauphins communs augmentant. En général, il y a une remontée de l’aire de répartition des espèces d’eau froide au profit d’espèces adaptées à des eaux plus chaude comme les balistes, les poissons lune et les puffins.

* Natura 2000 a pour objectif de préserver la diversité biologique en Europe par la constitution d’un réseau des sites naturels les plus importants. La préservation des espèces protégées et la conservation des milieux visés passent essentiellement par le soutien des activités humaines et des pratiques qui ont permis de les sauvegarder jusqu’à ce jour.

 

Réflexion : l'après Copenhague

fricIl n’y a pas que les gaz à effet de serre qui nous étouffe, chaque jour, un monolith d’informations nous tombe dessus. Il faut produire : produire des voitures, des vêtements, des produits bio et leur équivalents non bio, produire des services, produire de l’information avec son lot de greenwashing, beaucoup et très vite ; ce qui à la longue fini par produire de l’éphémère et du stress.

Est ce qu’on s’y prend de la bonne manière?

Car pour le coup l' »écologie » est devenue à la mode. Ce que j’ai remarqué, c’est que le cliché écolo qui verdoient en dégoute plus d’un. Je n’aime pas trop ce terme raccourci. Peut être qu’à la base il était pertinent et correct mais aujourd’hui il me semble délavé. Demander à un journaliste non spécialisé d’écrire rapidement un article sur l’écologie, il va consciemment ou inconsciemment se baser sur des clichés, adopter une certaine tonalité, suivant l’inertie médiatique. La structure même de certain article sont réglés comme du papier à musique, la forme limite le fond. C’est d’autant plus vrai, si on regarde de plus près, qu’on demande la plupart du temps dans les offres d’emploi des personnes qui ont une « sensibilité » pour l’environnement, rien de plus.

*

De nouvelles questions

« Faut il être écolo pour se soucier de sa planète? »

Ce qui soustend une deuxième question :

« La plupart des gens ont-ils envie d’être écolos? »

Mon avis est non/non. Je ne pense pas que les peuples respectueux de la planète et de la nature étaient écolos. Imaginez : « les hommes préhistoriques étaient écolos », ça fait titre d’article tout au plus. C’est du bon sens, du respect et de l’humilité. Une humilité que l’Homme dans les sociétés modernes a perdu, troquée au mieux contre une morale bien pensante, expliquant une perte d’équilibre au niveau des vies, une perte d’équibre au niveau de la planète : tout est lié.

Le problème de la morale, c’est qu’on la fait surtout aux autres.


L’Humanité est-elle capable de devenir Adulte?

L’adolescence est une période chaotique, de grand changement, on se pose des questions, on se révolte, on se découvre… Jusqu’ici l’Humanité s’est comporté comme un enfant devant un frigo grand ouvert. Ne se souciant ni des autres enfants, avec qui elle forme la biodiversité, ni du frigo qu’elle pensait inépuisable. Au sein même de cette humanité formé par l’Homo sapiens, le partage est inégale. Imaginez un dîner pour 5 personnes où un seul des convives s’accapare 4 parts laissant les autres avec une seule part. C’est pourtant le cas.

L’Age de raison

Si en tant qu’Humanité, il y a un but, quel est il?

– faire du profit? un profit qui profiterait à qui?

– favoriser la croissance? croître comment? à quel prix?

– se développer? aux dépends de l’environnement ou aux dépends du voisin d’à côté?

Pourquoi vouloir plus de richesses si celles que l’on possèdent :

– on n’est pas capable de les percevoir en tant que telles?

– on est pas capable de mieux les partager?

Voici un discours prononcé il y a 17 ans et qui reste d’actualité. L’ironie du sort veut qu’une enfant fasse leçon à des adultes qui ne sont plus en phase avec leur discours.

« Please, make your actions reflect your words »

Avec Copenhague, la dichotomie entre les grands discours imbibés d’humanité et la réalité des actes n’a jamais été aussi observable. La distance entre les deux ne fait qu’augmenter, à croire qu’effectivement, l’univers est en expansion.

Il est temps d’un véritable débat : celui sur l’identité humaine.

Philippe F. NAI