Archive pour la catégorie ‘Live Sénégal’

Chapitre 35 : "C’est pour nous"

Ecologie – Africanité – Sociétés

Chassé-croisé avec le Ministre de l’environnement sénégalais qui arrive pour une réunion à l’heure où nous partons pour la France. Nous quittons le sol africain.

Eclairer des pistes

Quelle est la portée d’un texte fusse t’il lu par des milliers de personnes. Quelle est la portée d’un film fusse t’il vu par autant de spectateurs? Quelle en est l’effectivité, non pas celle qui conduit à l’action sans réflexion mais à l’initiative réfléchie?

Avoir eu l’opportunité de rencontrer des personnes dont les attitudes, plus que le discours même ont trouvé échos en moi, me fait penser qu’il est des étincelles qui ne se transmettent que par contact et j’y travaillerai quand vous m’aurez en face de vous.

Ceci dit « introduction, développement, conclusion », c’est ce qu’on nous apprend à l’école public. Alors voici un bilan symbolique et provisoire, aussi conclusif qu’une borne kilométrique. J’ai trouvé beaucoup de réponses à mes questions mais elles ne me sont réponses qu’à travers ce que j’ai vécu et ce que j’étais alors. Cependant peut être les quelques chapitres écrits précédemment et les lignes qui suivent pourront contribuer à éclairer des pistes dont vous portez la destination.

Je me souviens d’une discussion avec une jeune personne, de ces âges où la révolte surexpose les nuances. Elle me disait que c’était la nature humaine de ne vouloir partager, de profiter de l’autre. Il est vrai qu’une partie du monde évolue dans des générosités arithmétiques et que c’est parfois trop bien ancré en nous ; cette culture du ‘donnant-donnant’.

Liberté

Cependant, au Sénégal littéraire, la solidarité a survécu par la culture de la générosité : une langue vivante traduite en gestes quotidiens. Le plus pauvre des Sénégalais est capable de se priver pour partager. Plus encore, l’attention portée à l’autre est constante et rend la société souple : résiliente aux fractures sociales.

Le résultat en est un environnement où l’air est empreint de liberté, libre du carcan des devoirs règlementés, où l’existence d’un être n’est pas circonscrit aux pipelines d’un hypermarché grandeur nature, votre coeur, pas pris dans un étau :  où vivre n’est pas obligatoirement une case limitée dans l’espace et dans le temps. Les sénégalais, à travers le maintien de leur traditions et leurs capacités plurielles à respecter l’Autre, m’ont rappelé que la Nature humaine était aussi capable du meilleur.

L’autre Nature évolue selon des règles scientifiques aveugles au bien être humain, celui-ci n’a aucune garantie de survivre, tout simplement que l’environnement est insensible aux lettres de motivation dont nous sommes aujourd’hui spécialistes. « Travailler, encore travailler, toujours travailler », certains ne le font que pour leur personne, d’autres sont capables de voir au delà. Qu’importe ! après tout rien ne sera possible sans la persévérance dans l’effort.

Africanité

On dit souvent que l’avenir du monde est en Afrique… Je crois qu’elle est en tout cas potentiellement terre d’alternatives et territoire du possible. Elle nous rappelle, elle m’a rappelé que la terre est ronde, à une époque où certains vivent comme si elle était encore plate car véhicules, électroniques, vêtements usagés, déchets s’ils disparaissent de chez nous, se retrouvent à cette jonction du monde où les coupures d’électricité, malgré leurs effets néfastes remettent les pendules à l’heure et l’homme face à sa propre humilité.

L’Afrique peut se construire à la lumière de nos erreurs et éclairer des pistes inconnues à celui qui penserait tout savoir. C’est avec certitude bien que seulement riche de la modeste expérience qui nous a permis d’effleurer une culture, que je soutiens avec la conviction la plus sincère que l’Afrique est gardienne d’une partition indispensable à l’équilibre de la planète.

Indépendance

Concernant l’environnement elle a le terreau des réussites en la matière : la culture, qu’il faudra savoir préserver de la certaine érosion face à certains modèles.

Cette africanité est inspiratrice à l’imagination morale qui nous est indispensable si nous voulons garder une chance d’évoluer riche d’un patrimoine à la fois ancien et profondément humain. Il y a 50 ans, 14 nations se sont proclamées indépendantes de leurs colonisateurs, parmi d’autres elles devront aussi apprendre à être indépendantes des regards.

Fraternité

Ceci dit, avant de penser à l’équilibre de notre planète, je pense qu’il faudrait déjà travailler à notre propre équilibre. Celui qui mène à du temps de cerveau disponible, ce qui est nécessaire car comment pourrait-on déplacer les meubles de nos mentalités si n’y a pas d’espace?

Combien de temps avons-nous à consacrer à nos proches? Avant de parler de planète, quelles sont les relations que nous entretenons avec nos parents, nos frères, nos soeurs, nos amis, ceux qui, de façon unanime et universelle, nous nous accordons à dire qu’il faut les chérir en leur accordant du temps? Quel est notre rapport à l’autre : individualisme ou fraternité? Pour le reste, je n’ai à transmettre qu’un message : Venez voir l’Afrique de vos propres yeux.

En francais quand on dit merci, on nous répond « de rien » ; en anglais on vous répondra : you’re welcome qu’on pourrait traduire par « vous êtes le bienvenu ». Au Sénégal, on dit ñokobok, cela veut dire « c’est pour nous ».

par Philippe F. NAI

Chapitre 34 : En famille

A mesure que l’armure de notre entreprise se découvre

A mesure que l’homme à l’intérieur se découvre…

Sénégalais

Il y a deux mois, nous découvrions petit Mbao, une petite ville en transformation entre mer, forêt, usine à phosphate et artère perfusant Dakar. Petite ville sans rues bétonnées aux chemins de sable propices aux jeux d’enfant. Entre temps, le tournage s’est poursuivi entre l’école primaire de Mboro, la réserve de Popenguine, le village des tortues de Noflaye. Nous nous sommes aussi rendus sur l’île de Gorée ainsi qu’au centre commercial Sea Plaza.

Nous avons  suivi l’ouverture du Festival Mondial de Arts Nègres qui s’est terminé il y a quelques jours, en fanfare avec des concerts de Youssou Ndour et Akon. Ces derniers jours, nous découvrions la lutte sénégalaise via un combat monumental entre Yekini et Bombardier. Cependant au lieu de vous envoler dans ces aventures rocambolesques, je vous propose plutôt de plonger avec nous.

En immersion

Depuis deux mois donc le navire des porteurs de lanternes chargé de l’expérimentée Aventureuse s’est arrêté à petit Mbao, aux portes de Dakar. Non seulement avons-nous jeté l’ancre mais nous avons plongé avec à des profondeurs telles que l’oeil numérique ne peut nous suivre. L’objectif sera de vivre ce que vivent les populations.

Croyez-moi : voir le Sénégal de gare routière en gare routière à bord de cars bondés sautillants offre plus de contact avec le « terrain » qu’un 4×4 de luxe. Dans le même temps, nous tournons un portrait de la ville qui est soumis à l’avancée de la mer, le recul de la forêt de Mbao dit le « poumon de Dakar » et à l’avancée du front d’urbanisation.

C’est donc une autre aventure qui se poursuit au cours de laquelle les langues se délient et les cœurs s’ouvrent. Bien que les lois de l’audiovisuel imposent le zapping, le déplacement, parfois le survol, des procédés inconscients me poussent au point-virgule et à approfondir : éteindre la caméra, l’ordinateur, l’appareil photo pour discuter, comprendre, respirer et vivre.

En famille

Parallèlement à nos activités, nous passons du temps avec de la famille Diallo dont nous avons fait la connaissance à notre arrivée à Mbao. C’est la dernière étape du voyage qui nous permet de reconnecter tout ce que nous avons vécu, tout ce que nous avons appris. L’hospitalité, l’acceptation de ce que nous sommes nous emplit de sérénité. Nous nous sentons bien, chez nous. Cette sensation d’appartenir à un endroit n’a jamais été aussi forte, être témoin de cette vie sociale, de cette liberté se construisant sur les fondations d’une culture me rend heureux.

Les enfants jouent dehors la nuit, j’entends ces rires qui sont musiques à mes oreilles, il y a ces marchands ambulants marchant de boutique en boutique d’un pas familier. Même Dakar, jadis si menaçante nous accueille ; nous nous asseyons sur les marches d’un grand magasin pour manger. Le vigile nous voit et nous propose sa chaise, il en déplie une autre pour Robert. Nos vêtements ne sont plus que la lueur de ce qu’ils étaient, et nous ne ressemblons plus du tout aux touristes fraîchement équipés. Et pourtant, on ne nous déconsidère pas. Les habits servent ici à habiller, pas beaucoup plus…

Il y a cette douceur en Afrique, cette hospitalité au Sénégal, ce respect, cette humanité et du coup, on se sent Homme. Qu’il sera difficile de partir, qu’il sera difficile de quitter notre Ami, le Sénégal.

A bientôt,

Philippe F. NAI

Chapitre 33 : Mboro Nights

Spatialement vôtre

En fin d’après-midi, nous décidâmes d’aller voir la mer qui n’était qu’à 5 km d’où nous étions. Il était déjà tard et nos jambes étaient plus mues par l’appât instinctif du large que par la raison. Entre deux commerces un stand sans fond laissait apparaître un bassin grand comme un stade où se rassemblait une communauté de grues blanches comptant des milliers d’individus venues se reposer au soleil couchant. Notre portée de vue passant des 3 mètres du bord de route à 1 km vers cet amoncellement majestueux de vie, nous restâmes sans dire un mot avec l’impression d’assister à une émanation d’une ancienne et puissante nature ramenant la ville à sa propre humilité.

Nous commencions à avoir faim, mais l’habitude nous assurait qu’en tout lieu nous pouvions trouver sans problème à manger, au Sénégal on ne cherche pas de la nourriture, elle nous trouve. Nous nous arrêtâmes à un stand pour acheter quatre beignets que nous mangeâmes allègrement en marchant dans un sens, puis une minute plus tard dans l’autre tellement ils étaient bons pour en acheter d’autres, la marchande était d’ailleurs très fière de notre demi-tour. Sur la route nous rencontrons une camionnette « Orange » qui s’était enlisée sur le bas-côté. Tant mieux, les sons tonitruants de hauts parleurs saturés ne troublaient que trop le calme de la ville qui n’a pas vocation à devenir une fervente supportrice de l’équipe de football hollandaise. Au passage, comme souvent on nous demande ce qu’on fait ici. Le temps de répondre et nous rations l’hippique charrette que Robert voulait tant emprunter.

Le long de la route, il n’y avait que des voitures au retour, rien à l’aller. Un frémissement de nature nous saisit : nous marchions doucement de peur d’interrompre la paix de cette allée bucolique avec laquelle nous étions alors en communion. Notre chemin d’errance était bordé de terrains sauvages reflétant la grandeur de l’âme africaine. Au crépuscule les silhouettes des baobabs étaient si bien ciselés sur ce dégradé bleu-orange qu’on aurait pu penser que les puissances célestes s’étaient essayées à un grand jeu d’ombres chinoises dont chaque fractale était respectée. Dès lors, l’expression ligne d’horizon rougissait à mesure que le soleil allait s’éteindre dans l’océan.

Dans le silence de ce moment hors du temps, le mystérieux grondement de la mer ; nous ne la voyions pas, il fallait la deviner à mesure que le bruit de chaque vague venait gonfler nos coeurs de certitude. Robert et moi ne pouvions nous empêcher de nous regarder pour vérifier que ce que nous vivions n’était pas seulement couché sur les pages de nos pensées. Vers 19h, nous rencontrions la dernière âme capable de nous saluer. Dans la nuit, nez vers le ciel, Je fermais les yeux en imaginant le plus grand nombre d’étoiles possibles. En les rouvrant à nouveau, je découvre qu’elles sont beaucoup plus que tout ce qu’un esprit humain peu se représenter. Ce n’est plus un ciel, c’est un grand orchestre, un opéra intersidéral sous lequel le reste de l’aventure nous appartient.

Philippe F. NAI

 

Chapitre 32 : Brainstorming à Mbao

Petit boulot pour pause réflexion


En parlant avec le secrétaire adjoint des Amis de la Nature, il est venu très vite que l’association ne disposait pas d’un site internet efficace pour relayer ses activités. En attendant de pouvoir voir leurs activités, j’ai donc accepté de leur faire un site web. Ce qui nous donne du temps pour faire le point.

D’autre part, beaucoup de questions avaient fait surface…

Un certain regard

Des questions autour de la générosité, de la famille, de la liberté mais aussi de la religion dans laquelle les gens puisent ici les forces de cohésion qui maintiennent leur société en un tout harmonieux. A la clé? une sérénité insoupçonnée. Je découvre aussi une lourde responsabilité à endosser : celle provoquer des réflexions plus que de donner des réponses de toute façon trop subjectives.

Bien malgré nous, la notion de voyage a fini par envelopper notre entreprise pour en être une composante à part entière. Cette force vient gonfler la voile de nos esprits vers des créations spontanées. Les temps de décisions deviennent alors si infimes, et les choses viennent à nous de manière si naturelle qu’il est devenu avéré que le vent de l’instinct guidait nos pas, ou alors étions nous simplement dans la bonne dynamique. En tous les cas, je me suis rarement senti aussi bien !

En immersion sans scaphandre

L’aventureuse, issue d’une prouesse technologique est capable de voir mieux que notre oeil à l’obscurité. Et pourtant, l’oeil de verre implémenté d’une technologie Exmor à capteurs CMOS ClearVid qui imprime une image HD progressive est inapte à capter la richesse de notre expérience, à porter un regard.

Petit à petit, les questions d’écologie débouchent sur le domaine des sciences sociales. La distance au vieux continent éclaire nos propres habitudes sous un angle nouveau. De notre petit observatoire ambulant, nous observons la France vue du Sénégal. Cependant, au lieu de nous éloigner jusqu’à nous faire voir la terre vue des cieux de l’audiovisuel, notre projet nous apporte des éléments de compréhension sur les tendances globales de notre temps via ce qui s’est passé dans notre entourage proche. En outre, nous changeons. Nous changeons dans notre rapport au monde, dans nos réactions et cette composante humaine ô combien fulgurante est parfois déstabilisante, bien qu’elle soit très positive :

C’est à la fois fascinant et effrayant de se découvrir, ce vertige de l’avant qui nous pousse à nous trouver par les expériences.

Un nouveau départ

Un nouveau départ

Balade vers l’avant

Ce soir, nous découvrons petit Mbao. Vers 18h, le ciel se pare de couleurs chaudes, les silhouettes des arbres se dessinent de manière manichéenne et le vent frais nous souhaite la bienvenue. Nous empruntons la rue vers la seule direction possible : tout droit.

Sur le chemin il faut choisir : si on marche à gauche, le sable ; à droite, les voitures. Vers 18h30 nous arrivons au bord de mer ; un magasin rehaussé d’ampoules multicolores donne à la rue principale une ambiance entre western et fête foraine abandonnée. A l’entrée de la plage, deux énormes pélicans nous accueillent. Leur regard noir nous trouble à nous couper le souffle.

L’océan est agité et les vagues se déroulent dans un son de tonnerre. Au loin on peut voir Dakar et , derrière les bateaux, devant nous: l’Amérique.

Philippe F. NAI

Chapitre 31 : Paint it black

Coucher de soleil à la réserve de Somone

Si nos récits se sont parfois voulu de jolis tableaux colorés porteurs d’espoir, dont on a volontairement oublié les nuances de gris, je suppose que le portrait que nous souhaitons dépeindre manquerait de contraste si nous écartons les couleurs sombres de la réalité.

Le projet évolue. Ma pensée circule comme une 2 chevaux bucolique dans les vallées de l’aventure. Libéré de tout carcan culturel, je n’ai plus dans mes discours à dessiner quelques rails d’une logique d’intérêt pour me faire comprendre.

Ouverture de la 3e Edition du Festival des Arts Nègres

Depuis le 10 décembre, Dakar tire vers elle la couverture de lumière à l’occasion de la 3e édition du festival des Arts Nègres laissant de nombreux quartier dans l’ombre. Bien que les masques de bois ne soient plus aujourd’hui qu’un morceau d’Afrique pour touristes, les autochtones ont toujours ce masque de méfiance vis à vis de celui qui porte la couleur de l’ancien colonisateur. Derrière le masque, la triste lueur des leçons apprises et une déception profonde qui ne pourra jamais être effacée. Il faut un nouveau départ, une renaissance sénégalaise ne suffirait pas, il en faut une africaine. Que s’est il passé pour que tant veulent définitivement tourner la page au lieu de sauter une ligne dans les cahiers de l’Histoire?

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