Archive pour la catégorie ‘Live Sénégal’

Chapitre 25 : Singing in the Rain

Flashback

Un bébé propagule

Précédemment : Nous sommes en Casamance, c’est la saison des pluies et pourtant nous rions avec plaisir en l’écoutant tomber. Le soir, autour d’un thé  à la lueur d’une bougie. Chacun parle de sa vie, des pensées qui lui traversent l’esprit. Et pendant ces récits, on rit: On rit du mot diola mal prononcé, on rit du riz trop épicé, on rit de rire.

A burst of life

Les gens ici sont accessibles et dégagent une aura rayonnante invisible pour les yeux mais visible par le cœur. La plupart des villageois n’ont aucune crainte pour leur avenir. Quand Phil pose la question à Ndeye, jeune fille de tailleur, elle nous répond:

« Je n’ai pas peur de l’avenir car nous avons nos récoltes. » Ndeye

Cette réponse est sage et sort de la bouche d’une très jeune adolescente. Ici les enfants grandissent vite. Dès le plus jeune âge les ainés doivent s’occuper de leurs petits frères et sœurs. Les jeunes filles quant à elle s’occupent aussi des nouveaux nés. Il nous arrive souvent de les apercevoir un bébé attaché au dos.

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Chapitre 24 : Africa in Me

Early in the morning sunrise in Dakar

Trois mois en Afrique à côtoyer des gens aux grands cœurs. Des gens au bon sens inné et à l’âme chaleureuse. Des gens avec qui il est possible de discuter et de partager en toute sincérité. Mais il y avait aussi des gens avides, égoïstes, escros et profiteurs. Rien n’est tout blanc ou tout noir, comme partout. Malgré tout cela, la plupart des personnes que nous avons rencontrés ont gardé le sens des valeurs.

Ces gens là sont précieux. Je me souviens des soirs où après le travail, j’ai joué de la guitare: à l’arrière d’un vanne, au pied d’un arbre, perdu dans la brousse. On a chanté, dansé, discuté. on a partagé. Pas de barrière, plus de glace, seulement de la liberté. Quand je dis liberté je ne parle pas de la liberté physique mais de la liberté de l’esprit, celle de se sentir bien avec soi-même. Maintenant ce qu’ils m’ont transmis, j’espère ne jamais le perdre.

« Africa in me my friend. »

Robert NAI

Chapitre 23 : De retour à Dakar

Retour à la case départ, mais toujours au pays de Léopold Sédar Senghor, qui suscite chez moi de plus en plus d’intérêt. Un président littéraire, gardien de la francophonie et de la langue française, maîtrisant aussi virtuosement le verbe que le point virgule…

Monument de la Renaissance Africaine

Voici un extrait d’un article paru en 1980 dans le numéro 22 d’Ethiopique. Il résume mieux que je ne pourrais le faire ce qui fait mon admiration :

« Il y a peu d’exemples, dans l’histoire de l’Humanité, de poètes gérant la Cité. C’est que, a priori, les qualités du poète et celles du politique, de l’homme d’action, semblent antinomiques. L’un vit dans un monde intérieur, dans le rêve, tous sens éveillés et sensibilisés, parfois jusqu’à la douleur de la parturition, et peut s’exprimer d’une manière absolue, n’étant limité, dans son expression, que par les limites de son inspiration, c’est-à-dire, finalement, par lui-même. L’autre va, vient, décide, agit, transige, s’accommode, limité, dans son action, par les dimensions du réel, c’est-à-dire du possible. L’un se préoccupe de nourritures spirituelles, l’autre de biens matériels. Léopold Sédar Senghor est l’un des très rares, tout le monde le reconnaît aujourd’hui, à être, à la fois, poète et homme d’action. » ~ Habib THIAM

Nous avons eu la chance d’avoir une entrevue avec le président des Amis de la Nature Alioune Diagne Mbor, et c’est avec un témoin de l’histoire, amoureux de la nature, ancien ministre que nous avons pu parler, entre autres, du président poète.

Dakar la cité des taxis

Taxman

Dakar que nous retrouvons nous semble sorti de la torpeur dans laquelle nous l’avions connu à notre arrivée. Nous sommes beaucoup moins importunés par les vendeurs en tout genre, les prix sont moins mirobolants à la première annonce, quelque chose a dû changer en nous. Toujours est il que nous avons pris l’habitude de marcher en ville comme on le faisait en brousse, appréhender l’urbain en tout campagnardise.

Ce qui de prime abord nous paraissait être une ville menaçante, étouffante, chaotique et polluée nous semble être maintenant à un grand bazar grouillant, certes pollué mais dont les richesses sont justes au final plus difficilement accessibles pour le nouvel arrivant. Peut être la Casamance nous a t’elle ouvert un peu plus l’esprit? Débarqué du bateau, nous avons pu revoir de vieux amis et dormir dans ce que l’on nous a dit être le plus vieux quartier de Dakar près de l’aéroport, à l’endroit où une société  nord coréenne a bâti le surréel monument de la renaissance africaine. Je ne suis jamais allé à Bagdad mais c’est en tout cas comme tel que je l’imagine : des ruelles étroites et sinueuses, propices au guet apens et à la guérillas urbaine. Quelle est l’identité de Dakar, son héritage ? Il faut creuser.

Retour à Dakar donc pour constater un décalage. Il faut se remettre aux SMS, deviner les non-dits, les gênes, ne plus dire bonjour à chaque passant. Effet secondaire du séjour, un regard extérieur amplifié qui dénote les logiques africaines face à celles occidentales : il n’y a qu’à regarder les gens partager un plat commun. Après 3 mois en brousse, il faut se réadapter à la ville. Curieusement, nous trouvons très vite nos marques, une journée pour trouver un hôtel, s’infiltrer dans les marchés assourdissants longer les routes qui dévorent ce qui reste de trottoir, trouver la RTS (télévision nationale), tourner à la mosquée, acheter des bananes et de l’arachide de temps à autre, jammer avec des musiciens, passer des heures à la poste pour récupérer un colis moyennant un tête à tête avec tous les guichets du service. Procédure normale? « Tout est normal ici » nous assure t’on.

Des chargeurs de portable pendus au bout de leur corde, des forêts de mégaphones qui émettent automatiquement en boucle les criées des marchands, les quelques centimètres qui nous séparent de chaque véhicule qui passe, les orphelinats de télécommandes d’occasion de toutes marques attendant le miracle de retrouver un téléviseur hôte, nous prenons plaisir à discuter avec notre dernier épicier officiel consommer sur place ce que nous venons d’acheter, regarder à la télévision de la boutique un bon vieux navet américain. Il n’y a ici pas encore de chaîne de restaurants, pas beaucoup de supermarchés, beaucoup de commerces locaux distribuant l’essentiel, beaucoup de petits stands au bord des rues qui permettent de manger sur le pouce, de marchands ambulants, de vendeur de noix de coco. J’aime beaucoup tout cela et je pense que tout le monde peut apprendre à aimer, à condition de laisser tomber les barrières en théorie abandonnées il y a 50 ans.

Au contraire de l’Européen classique, le Négro-Africain ne se distingue pas de l’objet, il ne le tient pas à distance, il ne le regarde pas, il ne l’analyse pas. Il le touche, il le palpe, il le sent. ~ Leopold Sédar Senghor

Philippe F. NAI

Chapitre 22 : Au revoir la cité des cigognes

L’aventure, c’est de ne jamais avoir peur de se retrouver devant une page blanche. C’est comme cela que l’on écrit son histoire.

Pas encore parti, déjà coupé par la fatigue, décalé culturellement nous passons une semaine à Ziguinchor avant de remonter sur Dakar.

Ziguinchor, la cité des cigognes

Parti de Bignona, les images de nos péripéties de la saison des pluies tournent en boucle dans mon esprit. Je me rappelle d’une nuit de tempête où le ciel était éclairé par l’électricité pure, une nuit mouvementée où l’on aurait eu bien du mal à savoir si nous étions dans le tambour d’une machine à laver, en boîte de nuit ou les deux en même temps. Il y a aussi cette soirée où bloqué à Djembéring après avoir interviewé le président de la communauté rural ; l’électricité s’est arrêtée d’abreuver les prises pour partir allumer les nuages.

Léopold Sédar Senghor 1e président du Sénégal indépendant

Ce soir là, nous avons discuté avec 3 jeunes sénégalais (Etienne,Maxime et Moussa), de littérature, de politique, de vie quotidienne d’agriculture, de Dakar et du président poète Leopold Sédar Senghor. Il n’y a pas si longtemps nous traversions la Casamance en long et en large tout en prenant des douches à l’arrière du pickup, trempé jusqu’à l’âme, le mot « sec » était alors une utopie fantaisiste. Et puis, combien de fois avons nous vu nous passer sous le nez un événement clé pour notre film !? Tous ces escadrons de cigognes, ces singes furtifs semblaient nous narguer de la manière la plus magnifique avant de disparaître une fois le bouton « REC » pressé. Il y eu aussi ce moment en pirogue, au retour de l’île Carabane, au coucher du soleil alors que notre embarcation coupait cette mer dorée en deux le temps de notre passage. Dans mon dos, il y avait ce superbe coucher de soleil… pourtant je ne pouvais me détourner de ces nuages noirs et la mer tourmentée qui nous attendait : aller de l’avant, à tout prix.

La Casamance, les visages souriants des gens qui nous ont accueillis et avec qui on a partagé de bons moments, me reviennent, non sans émotions. Certes on pourrait dire que les gens sont pauvres ici, encore faudrait-il définir ce que veut dire pauvre, mais il n’y a pas de misère. Et puis il y a cette force émanant du ciel et du sol qui fera toujours pencher les visages vers le sourire. En prononçant sourire, je repense à Hamidou avec qui nous avons discuté quelque fois sous les étoiles, c’est lui d’ailleurs qui nous a appris à reconnaître les satellites en vadrouille.

De temps à autre à Ziguinchor, nous sommes content de revoir des camionnettes de l’Océanium, Malang le chauffeur devant un capot béant devant lequel s’affairaient les mécanos Mathias et Laï. L’aventureuse dort dans son étui, il est loin le temps des tournages intensifs, nous prenons le temps d’apprécier la ville, d’observer les oiseaux géants qui se contemplent par dizaine et sans jumelles, de décomposer le mouvement de leur ailes. Emilien fait tourner le commerce de la pastèque à plein régime, nous retrouvons avec plaisir les « genSSe » du GRDR dont Cécile Henriot et  Mamadou Kamara qui a imprimé tout notre site. (ce qui honnêtement nous a fait très plaisir). Je pense aussi au coordonnateur du GRDR Abdou Mané que j’admire d’autant plus pour ses qualités humaines, qui nous avait reçu très chaleureusement.

Once upon a time at GRDR

Pourtant nous n’a pas été rose ; les moments de doutes et les ambiances moribondes, il y en a eu. Petit à petit, nous avons réussi à effacer le piédestal que constituait l’Aventureuse, jusqu’à presque atteindre le statut de stagiaire. Ceci nous a valu du bon comme du mauvais mais c’était en tous cas très intéressant car c’est à ce moment là que les échanges avec les sénégalais étaient les plus authentiques, les plus sincères. A s’asseoir où s’asseyaient les reboiseurs, à rester sous la pluie avec eux, nous avions sans le savoir gagner leur confiance.

Actuellement, nous entrons dans la saison touristique, les toubabs arrivent, nous nous sentons parfois hors du coup face à leurs tenues africaines et leurs dreadlocks. A côté nous faisions bien pâle figure avec nos vêtements rongés par l’eau de javel et décoloré par le soleil. Bizarrement, leur accent français nous refroidit. Le temps pour nous d’aller voir l’association Idée Casamance, profiter d’une dernière ballade nocturne en pirogue à ne pas savoir si nous flottions dans le ciel ou la mer et nous étions remonté à Dakar…

Merci pour tous vos commentaires et messages de soutien.

Philippe F. NAI

Chapitre 21 : Injé ajeetuma furim

Once upon a time in Diouloulou

Ecrire, remuer la plume sur le papier correspond de moins en moins à ce que je fais. Car au final, nous n’avons fait que rapprocher le diamant du micro-sillon des événements, de sorte de prendre le pouls du monde à un endroit de la planète : donner une lecture des choses pour en imprimer le sens.

Nous voulions la réalité, nous l’avons eu, les dernières semaines furent l’occasion de comprendre ce que voulait dire « kañen di kañen » dans la tête de chacun, mais aussi décoller du flux de l’actualité pour penser à une autre échelle ; l’étrangeté de l’ambiance ajoutant sa couleur à la compréhension des choses. Le 2 novembre, nous quittions Bignona, village alternatif et anachronique de Casamance laissant notre place à d’autres reporters ; sans réels au revoir mais dit-on souvent au revoir dans nos rêves?

Nous partons, l’Océanium va continuer à rapiécer l’environnement, nous serons partis et eux continueront à travailler au pays où tout se répare. « Tous les ans, on a des gens qui viennent faire des films sur le reboisement » m’avait dit-on à notre arrivée. Chose à laquelle j’ai dû rétorquer prétentieusement, « Tous les ans il y a des chansons, seules les meilleures restent, en musique, on appelle cela les classiques ». Et dans le secret de l’artisan, je travaillais à faire du « time-proof », une vitrine distinguant la réflexion d’un écologue spécialisé en journalisme et le travail d’un journaliste spécialisé en environnement. Est ce une erreur de ne pas vous avoir dessiner une coupe longitudinale de propagule? Je prends le risque.

Héros de la nature? cela ne devrait pas exister, cela au contraire consacre un exception qui devrait être une généralité. En tout cas en Casamance ce sont des villages entiers qui ont mis les pieds dans la vase, pris contact avec la terre…

Philippe F. NAI

Goodbye to our friends of Casamance