Chapitre 4

Chapitre 4

« Brainstorming »


5250_124194665842_562465842_2872353_6381814_n« Take care of your memories for you cannot relive them. » Bob Dylan. Mais avant d’en prendre soin il faut les fabriquer. A Bruxelles, un troubadour sans nom venant d’Angleterre, le pays d’où nous revenions chantait pour nous Blowing in the Wind :

« The answer my friend, is blowing in the wind, the answer is blowing in the wind… »

Mais j’avais une autre version, plus personnelle : nous avons à l’heure d’aujourd’hui visité 5 pays de l’Union Européenne, et j’avoue que les gens que nous avons interviewés me touchent plus que les paysages. Pourtant, nous sommes allés dans des endroits paradisiaques comme la plage de Vai en Crète, la forêt noire et plus récemment la zone tampon à Chypre…

La communauté dans la peau

Les moments que j’ai le plus apprécié se sont passés dans une cantine à Pau, sur une pelouse à Freiburg, près d’une piscine en Grèce , dans une maison en éco-construction à Pau. Manouche m’a invité chez lui et nous avons discuté de tout et de rien. Cet homme au visage sculpté par la vie et toujours plein d’enthousiasme a durant l’espace d’une soirée partagé sa vision de la vie et de l’écologie, qui n’est pas un thème à ranger dans un tiroir.

Devant mes interrogations naissantes face au journalisme, il a répondu sincèrement. Dehors, la nuit a enveloppé Pau et la communauté Emmaus avec, la pluie tombe à grosse goutte alors j’avais l’esprit en ébullition devant les paroles de Manouche : « le journaliste est humain mais la profession est inhumaine » à méditer…

Destination Freiburg

Départ pour l’Allemagne, on repasse par Paris, l’occasion de prendre les billets oubliés et de changer de guitare : ma Gibson de 65 est faite pour la rue et je n’avais plus l’impression que j’aurais l’occasion de chanter dehors. De plus sa sonorité vintage ne touchait pas mes congénères et j’avais envie que la magie prenne. Je laisse aussi mes cours sur la biodiversité et mon maillot de bain : pas le temps non plus.

Le temps de revoir ma famille aussi : « Ah ta famille vient? on va les filmer alors! », no comment. J’avais les yeux rivés sur l’objectif de ma mission : partager une vision de l’écologie, une mission qui prenait de plus en plus d’importance. Et bizarrement, le côté amusement du voyage laissait place à un rôle de missionnaire de l’écologie.

A Freiburg, nous avons rencontré Ulrich Drescher, une sorte de géo trouve tout, fan de foot qui s’est engagé tout sa vie pour l’environnement avec pour première impulsion mai 68, je me rappelle qu’il avait dit au côté d’un certain Daniel Cohn Bendit… Durant toute l’interview : son regard, déterminé : il y a un espoir. Ce type respire la joie de vivre, l’enthousiasme, l’harmonie, on aurait dit un gosse! Discuter avec lui fut un plaisir.

En Crète, de la poésie dans l’air

Palaikastro – GRECE : Un espoir, c’est ce que j’ai trouvé en Grèce à travers notre rencontre avec Cliff Cook qui a travaillé sur un documentaire dénonçant le bétonnage des îles grecques. Au delà de nos points communs, l’amour de l’écriture, ce moyen de se propulser dans un autre monde avec autant de perspectives que d’angles sur 360 degrés. Manolis, le char d’assaut de la rébellion contre la construction d’un complexe hôtelier, un homme sensible sous une armure toute usée.

Il y a des moments dans une interview, des moments de vie où les choses s’envolent : au bord d’une plage déserte une question qui me vient comme ca : Que dirais à ton enfant si tu devais l’amener ici? A ce moment là, plus de carapace, plus d’armure, j’ai senti à travers toutes les cellules de mon corps l’amour que cet homme avait pour son pays, sa nature à l’état brute. Je crois que c’est le moment le plus fort de l’aventure. La voix tremblante, une réponse…

Quelque chose d’intense dès que le cyclope électrique s’éteignait… Dernier jour en Grèce, le cœur lourd. Je ne peux pas me résoudre à partir de Crète sans au revoir, il fallait que je revois Manolis alors j’ai martyrisé mes collègues de la green team pour qu’on aille diner avec nos amis Crétois. Avec Manolis, on a parlé de musique, de rock and roll toute la nuit. Beatles, Dylan, Pink Floyd, sa collection de vinyle LP, tout y est passé. Des points communs, un espoir, une leçon (off cam) : « depuis que j’ai commencé mon combat, c’est parfois plus difficile mais la force d’une conviction est sans égale ».

Alors ? Alors nous sommes allés au bord de la piscine de l’hôtel et je lui ai joué, Mr Tambourine Man ou un morceau d’insouciance, de liberté capturé des années 60 : « D’où vient ma force? Je ne me suis pas laissé acheter par l’argent, je n’ai pas vendu mon âme ». Dans le silence de la nuit Crétoise et sous les étoiles, j’ai soufflé aussi fort que j’ai pu dans mon petit harmonica, comme une révolte… Pour la première fois depuis le début de l’aventure, chanter reprend enfin son sens. Ce sera la seule fois.

Une réponse sous forme de question

C’est lui le poète, ce sont eux les poètes, artisans besogneux d’un monde respectueux de la nature, de l’environnement et des hommes, oui, ce sont eux… Au milieu de tout cela, de cette aventure folle, une guerrière, Cécilia, 21 ans, passionnée de télévision qui a, comme nous tous, le potentiel de changer les choses sur le long terme et exposée à l’environnement, l’écologie, ses acteurs. Alors que dire ? Cette aventure va t’elle lui apporter une réflexion durable sur l’écologie?

« La réponse mes amis, la réponse est dans les yeux de Cécilia, la réponse est dans les yeux de Cécilia », espérons.

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