Chapitre 9

Chapitre 9

« Le récit rapporté »


Une ruelle déserte dans un quartier touristique fourmillant de Ljubljana

Un blog? pour quoi faire? Pour aller au delà : pour ceux qui veulent aller au delà de l’explosion d’images que comporte quelques minutes de télé. Ceux là, ils me trouveront en ces quelques mots, un passage entre la réalité télévisuelle et un point de vue mais surtout une INTERFACE avec tous les gens curieux, critiques, concernés.

Car j’ai tout noté, tout consigné, dans mon petit carnet, mon carnet de voyage. Et l’écriture, l’écriture a ce pouvoir de transcender une vision, un vécu, mélangeant des points de vue, tissant les images d’une façon unique. J’ai écrit dans le train, dans le couloir vide d’hôtel paumé en Slovénie, au bord d’une piscine une nuit en Crète entre deux chats errants, le soir après avoir écrit sur le mur à Abbeyroad à Londres, sous la pluie de Bruxelles, en Italie pendant une conversation que j’avais avec un cafard, dans la forêt noire à Schönau après avoir chanté la version d’Imagine la plus nulle de toute ma vie tellement j’étais down… Bref vous saurez tout au fur et à mesure des épisodes à venir, en écriture HD !

Slovénie => Autriche =>Italie

C’est incroyable, le pouvoir de la télévision, la responsabilité que c’est de présenter un certain regard sur le monde. Là d’où je viens je sais l’importance de la télévision, parfois la seule fenêtre sur le monde d’un foyer, malheureusement. J’ai vu et entendu des choses durant cette aventure que je n’imaginais même pas.

« There are many here among us who feel that life is but a joke » : le pouvoir symbolique de la télé fait qu’on ne peut pas tout faire. Il y a une responsabilité et un questionnement permanent à avoir. C’est ce que j’ai appris en sciences : « et si…, et si… et si…? » : est ce juste? scientifiquement vrai? Questions que je me suis peut être trop posé au grand dam de mes collègues. On comprendra j’espère que ce qui brille sur l’instant ne tient pas toujours la distance. 

C’est pour cela que j’aime Bob Dylan, il faut énormément d’intelligence et de génie pour faire parvenir une vision aiguisée et nuancée des choses, une vision critique, comme un triomphe de la langue sur le volume : il y a quelque chose de noble là dedans. Quelque chose que j’admire aussi d’une époque, passée? où l’on existe si surtout on a quelque chose à dire.

Mon carnet de bord soumis à rude épreuve : bouffe et pluie…

Je salue Musi ce chypriote fan de Beatles avec qui j’ai joué les troubadours dans la rue, on aurait dit un horloger avec ses lunettes rondes, je n’ai jamais entendu quelqu’un avec une voix si puissante, éraillé par le temps, un peu désespéré sa voix à Musi le musicien.  C’est un des meilleurs moments du voyage, ça a coûté un jus d’orange dans une minibrique, ceux qu’on prend pour le goûter et deux gaillards à la paille au bout du bec chantant « Eight Days A Week » dans les rues de Nikosi. On s’est pas prit les numéros, les mails où quoi qu’est ce, on s’est juste dit que si le destin le voulait, on se retrouverait sous le même ciel quelque part dans le monde…

Chypre, c’était la partie orientale du périple, l’atmosphère était très particulière, j’avais le sang électrifié dès l’arrivé, la nuit, côté turc. Dans le taxi, les paysages défilent, des décors de western alternent avec contrées luxuriantes. Puis un aéroport abandonné : un avion rouillant depuis des décennies, un hangar fantôme avec des vitres brisées, quelques kilomètres plus loin nous accédons à une zone interdite : la ligne verte. A l’esprit, un leitmotiv, l’environnement doit servir une collectivité et non un intérêt personnel : le travail collectif ne doit jamais porter l’ambition d’une personne, c’est malheureusement trop le cas.

La rencontre avec les scientifiques fut une bouffée d’air frais, plus que jamais la ligne verte était pour moi synonyme de territoire ami.

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